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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/943

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facilité à tirer un avantage des économies faites et des bénéfices réalisés, à constituer le capital et à l’augmenter encore par l’emploi qu’un autre en peut faire et le prix donné comme récompense de cet emploi, a rendu possibles toutes les combinaisons du commerce et de l’industrie. Assurément ce qu’on appelle rentes, actions et obligations, valeurs mobilières de toute sorte, ne sont que des prêts d’argent avec les différens caractères du prêt commanditaire, de l’association ou de l’assurance. En ce qui concerne la France, il ne faut pas remonter bien haut pour constater que la fortune mobilière n’existe que depuis peu de temps. Quelques rentes foncières, quelques reconnaissances d’argent prêté au commerce terrestre et maritime, les fonds de roulement des marchands et des fabricans, les lettres de change enfin, composaient il y a moins de cent ans avec la monnaie ayant cours tout notre capital mobilier. Après les désastreuses émissions des actions de la compagnie des Indes de Law et les premières entreprises de aminés, un mouvement industriel considérable et surtout les affaires coloniales paraissaient de 1780 à 1789 devoir inaugurer une de ces expansions de prospérité dont notre pays a si souvent présenté le spectacle, lorsque les discordes politiques en vinrent arrêter entièrement l’essor. Ce fut seulement vingt ans plus tard que la marche interrompue put être reprise ; on sait avec quel succès : en moins d’un demi-siècle, l’épargne privée a pu payer 23 milliards de rentes publiques dont les titres sont comme une monnaie d’échange entre les prêteurs et les emprunteurs de capital ; c’est à peine en vingt-cinq ans que toutes nos actions et obligations de chemins de fer ont été émises ainsi que les titres de nos sociétés de mines, de métallurgie, d’assurances, de fabrications de toute espèce. Les départemens et les communes ont contracté comme l’état des emprunts dont il serait intéressant de connaître l’ensemble et qui datent surtout du second empire. On a essayé bien des fois de faire le relevé statistique de la fortune mobilière de notre pays et de la comparer avec sa richesse immobilière. Les économistes les plus autorisés ont présenté » tant au sujet du revenu que du capital mobilier lui-même, des estimations si différentes, qu’il y aurait peut-être témérité à leur accorder une confiance entière.

Dans ces calculs en effet, trop de faits échappent, comme par exemple les placemens à l’étranger, qui ont pris un tel accroissement dans ces dernières années, avec un tel aléa dans leurs rendemens et leur valeur, qu’il n’y a guère lieu d’appuyer sur des quantités si incertaines un raisonnement qu’il suffit d’ailleurs d’énoncer. On peut néanmoins, pour donner au lecteur une idée de l’importance des résultats acquis, rappeler que par exemple, dans une discussion