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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/91

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L’un de ces monumens où les ressemblances entre l’art oriental. et nos cathédrales du moyen âge se manifestent avec le plus d’évidence est le célèbre couvent de Saint-Siméon, situé entre Antioche et Alep, au nord de la Syrie centrale. C’est peut-être le plus beau des édifices dont M. de Vogüé a retrouvé les ruines, c’est assurément le plus vaste et le plus curieux par les débris qui en sont restés et les souvenirs qu’il rappelle. Qui ne connaît saint Siméon Stylite ? qui n’a entendu parler de l’étrange pénitence qu’il s’imposa, et du spectacle qu’il donna pendant plus d’un tiers de siècle aux fidèles accourus pour le visiter ? C’était un homme pieux, né dans ces pays de l’Orient où l’ardeur du climat enflamme la dévotion et à une époque où la foi étant plus jeune était naturellement plus vive. Il était venu s’enfermer dans un couvent de Syrie, mais bientôt les austérités ordinaires ne lui suffirent pas. Il demanda et obtint de son supérieur de s’infliger un supplice qu’on n’avait pas encore imaginé. Pour se faire une solitude sans quitter son couvent et trouver le désert au milieu du monde, il résolut de vivre au sommet d’une colonne. Peut-être la tradition conservait-elle le souvenir de ces prêtres de la déesse syrienne qui, dans ces mêmes contrées, restaient des semaines entières, sans dormir, sur un phallus de trente brasses, et que les dévots venaient voir et consulter, convaincus qu’ils conversaient de là avec les dieux et qu’étant plus rapprochés d’eux ils s’en faisaient mieux entendre. Siméon voulut y passer toute sa vie. Ses disciples taillèrent dans le roc et dressèrent sur la montagne voisine une colonne de 30 coudées, au sommet de laquelle on construisit pour lui une petite cellule. Il s’y établit et y vécut trente-sept ans, sans en descendre. Autour de la colonne, qu’il avait fallu protéger par une balustrade de pierre, la foule se pressait pour entendre les paroles du saint homme et solliciter ses conseils. Quand il fut mort en 459, son corps fut transporté en grande pompe à Antioche et enseveli dans l’église qu’avait bâtie Constantin. Mais l’élan était donné ; les pèlerins continuèrent à visiter la colonne où il avait vécu, et à venir consulter les autres stylites qui, suivant l’exemple du maître, s’étaient construit sur la montagne des ermitages aériens. La foule devint bientôt si nombreuse qu’une ville entière se forma dans les environs du couvent ; elle se composait surtout de maisons destinées à loger les visiteurs. Une de ces hôtelleries conserve encore sur sa porte l’inscription qu’y a gravée le propriétaire : après avoir mis sa demeure sous la protection du Christ, il nous apprend qu’elle a été construite en 479, c’est-à-dire vingt ans après la mort du saint. Vers la même époque on bâtit autour de la colonne une magnifique