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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/902

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du salaire, des profits, de l’intérêt et de la rente, et les autres questions du même ordre, les économistes ont rendu un grand service ; mais c’est l’A B C de la science, ce n’est pas la science elle-même, pas plus que la calligraphie n’est l’art d’écrire. L’objet propre de l’économie politique est si bien l’influence des lois et des institutions sur le développement de la richesse, que les économistes dans leurs réunions, dans les meetings, dans les assemblées politiques, partout où ils ne s’adressent pas à des élèves, ne parlent que de lois à réformer ou à adopter, — non des prétendues lois naturelles nécessaires, qu’on laisse dans les manuels, mais des lois de l’état faites librement par le législateur.

L’état doit-il, oui ou non, mettre un impôt à l’importation sur certaines marchandises, et, si oui, sur lesquelles ? Quel système monétaire l’état doit-il adopter, le simple ou le double étalon ? Quels impôts faut-il établir, impôt sur le revenu, impôt sur le capital, sur les contrats, sur les transports, sur les consommations, impôt direct ou indirect, impôt proportionnel ou progressif ? L’état doit-il, comme on le veut en Allemagne et comme on le fait en Belgique et en Italie, rentrer en possession des chemins de fer ou doit-il au contraire les laisser tous aux compagnies particulières ? L’état doit-il proclamer la liberté des banques d’émission ou en réserver le monopole à un seul établissement ou peut-être à lui-même ? Faut-il que l’état, comme on le demande en Angleterre et comme il l’a fait en Irlande, règle d’autorité les relations entre propriétaires et fermiers ? L’état doit-il, en fait de succession, conserver le régime de la réserve, comme en France, ou introduire la liberté du testament, comme en Angleterre ? Ne conviendrait-il pas de restreindre les degrés de successibilité ? — Je m’arrête. Qu’on prenne successivement toutes les questions débattues entre économistes, et l’on se convaincra que toutes impliquent l’action de l’état. Il me paraît donc démontré que l’objet de l’économie politique est bien, comme je l’ai dit, de rechercher quelles sont les lois et les institutions qui sont le plus favorables à la productivité du travail, et par conséquent à l’accroissement de la richesse et à sa juste répartition [1]. Rousseau, au début du Contrat social, l’a presque défini quand il dit : « Je veux chercher si, dans l’ordre civil, il peut y avoir quelque règle d’administration légitime et sûre en prenant

  1. Je trouve, dans l’Encyclopœdia americana, une définition de l’objet de l’économie politique qui me parait très juste, « Ce qui forme l’objet de l’économie politique, c’est la constitution du gouvernement, les lois, les institutions judiciaires, sociales et financières, les écoles, la religion, les mœurs, le sol, la position géographique, le climat, les arts, en tant que ces circonstances influent sur le caractère et la condition d’un peuple relativement à la richesse publique, c’est-à-dire à la production, à la distribution et à la consommation des choses utiles et agréables à la vie.