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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/884

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instrument de découvertes. Les études que M. Janssen a commencées en 1874 et qu’il poursuit depuis deux ans à l’observatoire de Meudon, avec la lunette qui avait été construite pour le passage de Vénus, ont montré que dans certaines-circonstances l’image photographique du soleil peut révéler des phénomènes qui se dérobent à l’observation directe. C’est ainsi que les photographies solaires que M. Janssen a obtenues dans ces derniers temps l’ont conduit à la découverte de ce qu’il appelle le réseau photosphérique.

Depuis deux siècles et demi, l’attention des astronomes s’était principalement concentrée sur ces accidens de la surface solaire que l’on désigne sous le nom de taches et de facules ; or il semble que l’étude de ces grands bouleversemens est presque épuisée aujourd’hui, et qu’il faudra désormais, pour faire avancer nos connaissances sur la constitution du soleil, aborder d’une manière plus sérieuse l’étude de la photosphère normale. La grande difficulté était jusqu’ici de bien reconnaître, dans cet océan de feu, la forme des granulations, de ces « grains de riz » ou a feuilles de saule » que l’on distingue vaguement et qui semblent former des courans de matière à demi liquide. Les clichés photographiques d’une faible dimension ne nous apprenaient rien de plus sur ces agglomérations mystérieuses. La raison de cet insuccès doit être cherchée dans un phénomène d’irradiation qui fait que l’image formée par une lumière très vive déborde un peu son contour et prend sur le cliché des dimensions plus grandes que ses dimensions réelles. C’est ce qu’on a constaté sur toutes les photographies d’éclipsés totales : les images des protubérances empiètent sur le disque lunaire de quantités qui peuvent aller à 10 et à 20 secondes [1]. Des effets de ce genre doivent se manifester aussi pour l’œil, puisque la vision résulte en définitive d’une impression photochimique produite sur là rétine. Or le diamètre moyen des granulations de la photosphère n’est que d’une seconde d’arc ; on comprend dès lors qu’une irradiation même très faible suffit pour noyer dans une lumière confuse tous les détails de leurs contours. M. Janssen a réussi à lever la difficulté en agrandissant l’image et en abrégeant notablement la durée de l’exposition. L’irradiation diminue rapidement à mesure qu’on augmente le diamètre des images, surtout si le temps de pose diminue aussi ; en outre, les détails se distinguent plus facilement et les imperfections de la couche sensible ont moins d’importance lorsqu’on opère sur une échelle plus grande. Enfin M. Janssen a reconnu que, dans les très courtes poses, les rayons qui agissent sur la

  1. D’après le père Secchi, cet empiétement s’expliquerait plutôt par le mouvement de la lune.