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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/882

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des points faiblement lumineux qui restaient visibles dans les régions lunaires envahies par l’ombre ; mais il ajoutait qu’il n’employait ce mot que pour abréger le discours. Les points lumineux, en question n’étaient autre chose que les cratères rayonnans Aristarque, Kepler et Copernic, tous trois situés dans l’Océan des Tempêtes, qui se distinguent par l’éclat particulier de leur surface : on les voit encore faiblement briller au sein de la partie obscure du disque lunaire, qui n’est éclairée que par la « lumière cendrée, » empruntée à la terre. Les mêmes points, et beaucoup d’autres, s’aperçoivent pendant les éclipses de lune, comme de petites taches rougeâtres sur le fond brun foncé de la surface de l’astre éclipsé. Il est clair qu’il ne s’agit là que d’effets de lumière, et nullement de phénomènes volcaniques. Mais tout récemment deux observateurs anglais, MM. Webb et Birt, ont signalé plusieurs faits d’où il résulterait que, d’après l’expression de M. Élie de Beaumont, « la vie géologique existe encore dans l’intérieur du globe lunaire. » Ils ont remarqué de grandes différences entre les dessins que Schrœter d’abord, en 1792, puis, quarante ans plus tard, Beer et Mædler, avaient donnés du cratère Cichus ; ils ont constaté eux-mêmes des changemens de forme dans les deux cratères Messier, qui en 1857 ne ressemblaient plus guère au dessin de Mædler, lequel avait été vérifié bien des fois de 1829 à 1837. Enfin, au mois d’octobre 1866, M. J. Schmidt, directeur de l’observatoire d’Athènes, annonçait que le cratère Linné, situé dans la Mer de la Sérénité et marqué sur la carte de Mædler, qu’il avait étudié lui-même en 1841, semblait avoir disparu, c’est-à-dire qu’il n’en restait qu’un point noir à peine perceptible au milieu d’une large tache blanche. Plusieurs astronomes en possession de bons instrumens, notamment MM. Huggins, Secchi, Wolf, d’Arrest, s’empressèrent d’examiner avec soin le cratère en question : tout ce qu’on peut conclure de la discussion de leurs observations, c’est qu’il n’est pas impossible que la cavité dessinée par Mædler ait été comblée en grande partie par une éruption récente de matières blanchâtres. Toutefois les modifications d’aspect que produisent les conditions très variables de l’illumination sont si considérables que les faits qui viennent d’être cités ne suffisent pas à nous convaincre de la réalité de changemens survenus à la surface de la lune. De bonnes photographies, prises à des intervalles réguliers, jetteraient évidemment un grand jour sur cet intéressant problème d’astronomie physique. La photographie fournirait aussi d’utiles indications sur les variations d’aspect des bandes de Jupiter, des taches de Mars, etc.

Sir John Herschel avait mis en avant, dès 1854, l’idée de faire photographier le soleil d’une manière suivie dans l’un des