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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/880

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M. Warren de La Rue a obtenu de très belles photographies de la lune, du soleil, des grosses planètes ; plusieurs de ces images ont été reproduites par la gravure et figurent aujourd’hui dans beaucoup de livres populaires [1]. L’habile astronome anglais ne s’est pas d’ailleurs contenté de prendre les images de ces corps célestes à un moment donné, il en a obtenu des vues stéréoscopiques en combinant deux photographies prises à des intervalles déterminés.

On sait que la perception du relief repose sur la coexistence des deux images d’un objet qui se peignent sur les rétines des deux yeux, et qui correspondent à deux points de vue différens. Le stéréoscope produit de même l’illusion du relief en présentant à chaque œil, au moyen de deux photographies prises de deux points de vue convenables, les images que l’œil recevrait de l’objet lui-même, placé à la distance de la vision distincte. L’angle formé par les axes optiques des deux yeux dirigés sur un même point qui s’aperçoit nettement est de près de 16 degrés, en supposant que les deux yeux sont écartés de 6 centimètres 1/2, et que la distance de la vue distincte est de 24 centimètres ; on peut donc admettre que l’angle stéréoscopique, ou l’écart angulaire des points de vue, nécessaire pour faire naître la sensation du relief, est tout au plus de 16 degrés. Lorsqu’il s’agit du soleil, la rotation de cet astre produit en peu de temps le changement de position voulu ; mais la lune nous montre toujours la même face, et le problème paraît, à première vue, insoluble. Heureusement l’immobilité de la face lunaire n’est pas absolue ; on y remarque une sorte de balancement apparent qu’on désigne sous le nom de libration, et qui produit des changemens de position qui peuvent aller jusqu’à 16 degrés. Il s’ensuit que les phases de la libration nous offrent le moyen d’obtenir des vues stéréoscopiques de notre satellite, qui font de la carte plate du disque lunaire un plan de relief.

Les vues stéréoscopiques font nettement ressortir la sphéricité des corps célestes qu’elles représentent. Les cratères de la lune, l’anneau de Saturne, les taches et les facules du soleil, y prennent un relief saisissant ; on voit que les facules sont des élévations, et les taches des creux. Un astronome russe, M. Goussef, en discutant des mesures micrométriques prises sur deux photographies lunaires, est arrivé à cette conclusion que la lune est un sphéroïde légèrement allongé dans la direction de la terre.

  1. On en trouve des spécimens dans l’excellent ouvrage de M. Amédée Guillemin, le Ciel (5e édit., Paris, 1877. Hachette).