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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/875

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de rades naturelles, cachées au fond de baies tranquilles ou sur des fleuves qui s’avancent doucement dans les terres, et qu’elles sont plus facilement accessibles à chaque instant de la marée. En outre, l’Angleterre peut être comparée à un bloc de charbon, et elle trouve dans la houille, partout répandue sous son sol avec tant de générosité par la nature, non-seulement l’alimentation assurée et à bon marché de toutes ses forges, de toutes ses manufactures, mais encore un élément d’exportation certain, un lest utile de 13 millions de tonnes. C’est là ce qu’il ne faut pas perdre de vue, quand on compare la situation économique de l’Angleterre à celle de la France.

Il est certain que, si nos canaux étaient partout achevés, nos voies ferrées complétées, si les tarifs de transport étaient partout abaissés au minimum, une plus grande partie de nos produits agricoles, miniers, métallurgiques prendrait la route de nos ports. Nos vins, nos huiles, nos produits de basse-cour, de laiterie, de jardinage, s’exporteraient en quantités plus considérables ; nos houillères seraient fouillées encore plus activement, et une partie de nos charbons servirait avantageusement de lest à nos navires ; nos forges se développeraient davantage, et nos fontes, nos fers, nos machines iraient sur les marchés étrangers faire concurrence à ceux de la Grande-Bretagne et de la Belgique. En même temps, comme le commerce n’est qu’un échange, nous recevrions une plus grande quantité de produits du dehors, et toutes nos usines, toutes nos manufactures, qui mettent en œuvre ces matières premières, progresseraient elles-mêmes considérablement. C’est ainsi que nos ports pourraient se relever, et notamment celui du Havre, qui donnerait alors réellement la main à celui de Marseille. Tous les deux conserveraient ainsi, par les canaux et la voie de fer améliorée, raccourcie au besoin, le transit continental à l’isthme français. Les marchandises et les voyageurs iraient d’une mer à l’autre sans rompre charge, par le chemin le plus court et le moins coûteux, et le passage des échanges entre la Grande-Bretagne d’une part, la Méditerranée, l’Inde et l’extrême Orient de l’autre, continuerait à se faire à travers la France. Sans cela, ce transit pourra bientôt nous échapper au profit de la Belgique, de l’Allemagne, de l’Italie. Ce n’est pas ce que l’on veut assurément. Dans ce cas, que l’on prenne d’urgence toutes les mesures que nous avons indiquées, et toutes celles que conseilleront les enquêtes qui sont ouvertes ou qui s’ouvrent à ce sujet. L’hésitation n’est plus permise. L’ennemi, c’est-à-dire le concurrent étranger nous menace. Il est temps de ne plus délibérer, mais d’agir, et de se mettre résolument à l’œuvre.


L. SIMONIN.