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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/872

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encombré et que l’activité de chacun ne peut pas s’y développer à l’aise. Après avoir réussi au loin, on revient à la maison paternelle et l’on dit au voisin : A ton tour ! En attendant, le commerce extérieur de la France, le développement de nos colonies, ont singulièrement gagné à cette émigration.

Tout ce que nous disons ici s’applique au Havre plus encore qu’à tout autre port. Les paquebots de la compagnie générale transatlantique sont pour la plupart aménagés pour le transport des émigrans ; ils n’en reçoivent qu’un très petit nombre. En 1876, ils n’en ont transporté que quelques milliers, alors que de Hambourg ou de Brème, d’Anvers du de Liverpool, il en est parti en tout 100,000, et que ce nombre était trois fois plus considérable il y a quelques années, avant la crise financière américaine qui sévit depuis quatre ans. En France, on n’émigré guère, nous le savons, et très peu parmi les émigrés qui partent du Havre sont de famille française. Nos nationaux sont même en minorité parmi les passagers de première et de seconde classe sur les paquebots français. Répétons-le, nos négocians ne s’expatrient pas volontiers. Il ne faut pas toujours supposer que ce ne sont que les infortunés qui émigrent. Beaucoup de grandes maisons de banque, de commerce, d’armement, d’assurances, anglaises, allemandes, américaines, ont l’habitude d’établir des succursales à l’étranger. On les rencontre dans l’Inde, en Australie, en Chine, au Japon, au Cap, à l’île Maurice, à Madagascar, à Zanzibar, à Aden, à Suez, dans tous les comptoirs de l’Afrique, de l’Asie, des deux Amériques. Et la France, combien de maisons compte-t-elle dans tous ces pays ? Elle a délaissé les États-Unis, où elle tint un moment un certain rang, et elle n’apparaît plus que dans quelques places de l’Amérique latine. En 1860, le gouvernement français a fait une expédition en Chine. Était-ce pour protéger ses nationaux ? Il y en avait bien un ou deux. L’un était horloger, dit-on, et cet honorable industriel représentait peut-être à lui seul la France sur toute l’étendue de l’immense empire du Milieu.

Ce n’est pas que nous n’ayons point de produits à exporter. Partout nos soieries, nos draps, nos cotonnades, nos toiles, nos articles de mode, de nouveautés, nos vins, nos eaux-de-vie, nos savons, l’immense série des articles dits de Paris, dont l’élégance, le bon goût, le fini sont indiscutables, tous ces produits règnent ou du moins régnaient hier encore sans rivalité sur toutes les places extérieures. Toutefois, la plupart du temps, ce sont des commerçans étrangers qui les reçoivent, rarement de grandes maisons françaises. Nous avons contribué par nos produits à raffiner les gens, à faire l’éducation des autres. Si l’Angleterre et l’Allemagne n’ont pu encore nous ravir tous nos secrets, un émule hardi et