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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/870

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d’autres faits de ce genre. Les Anglais ont un proverbe pour désigner ces sortes d’opérations ; ils appellent cela « porter du charbon à Newcastle. »

Nos consuls sont pour beaucoup dans l’ignorance où nous sommes des demandes de l’étranger. La plupart n’occupent guère leur poste, et le laissent le plus souvent gérer par des agens secondaires. Quand ils y sont, leur unique but est de monter en grade, et alors ils prennent en dégoût le pays où ils séjournent. Souvent ils n’en connaissent pas la langue. Dans des places comme Bombay, New-York, il y a eu des consuls généraux de France qui ne savaient pas un seul mot d’anglais. Comment, dans ces conditions, résider volontiers dans le pays que l’on est chargé d’étudier, comment s’y plaire, comment en définir utilement les ressources, les besoins ? Certes, depuis quelques années, nous avons en cela fait quelques progrès ; on a stimulé nos consuls, on a fait honte à leur apathie, on a publié assez régulièrement leurs rapports dans les Annales du commerce extérieur, dont les bulletins naguère paraissaient de plusieurs années en retard ; mais il y a encore beaucoup à faire de ce côté, et tant de réformes à introduire dans cette section du département des affaires étrangères, laquelle ne devrait ressortir d’ailleurs qu’au ministère du commerce, qu’il est inutile d’y insister plus au long. Combien différens sont les consuls de l’Angleterre, de la Belgique, de l’Italie, qui résident très longtemps, quelquefois toute leur vie, dans les pays où on les envoie, peuvent y faire le commerce et le plus souvent en parlent couramment la langue ! Ceux-ci ne se mêlent pas de politique internationale, ne cherchent pas à jouer un rôle d’agent diplomatique, ne compromettent pas leur gouvernement dans des situations difficiles, parfois inextricables, et le commerce de leur pays n’en va que mieux.

A la place des colonies que nous avons perdues, que nous n’avons pas su garder, nous en avons conquis d’autres, l’Algérie, la Nouvelle-Calédonie, la Cochinchine. Nous avons étendu nos établissemens sur la côte occidentale et orientale d’Afrique, au Sénégal, au Gabon, dans la mer des Comores, autour de Madagascar, dans la mer des Antilles et dans les mers du sud. Beaucoup de ces colonies exportent aujourd’hui des quantités considérables de marchandises vers nos ports, et reçoivent une partie de notre fret de sortie. Seulement, la plupart d’entre elles sont soumises à un régime militaire étroit, mesquin, vexatoire, qui gêne les colons, les décourage, les éloigne. Il faudrait répudier hardiment un système aussi suranné, donner plus de liberté à la colonie, y appeler par des mesures généreuses les bras qui manquent, et qui sur tant de points déserts et encore improductifs viendraient féconder le sol. Nous n’émigrons pas assez. Si notre ignorance des langues