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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/855

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Autrefois le fleuve s’étendait au large sur les campagnes qu’il baignait, il jetait ça et là des bancs de sable. On l’a endigué en amont de Berville, à l’endroit où la Risle, venant de Pont-Audemer, se jette dans la Seine, et l’on a conquis ainsi des milliers d’hectares sur son estuaire. Déjà, au temps de Louis XIV, on avait appelé des ingénieurs hollandais pour commencer ce travail en aval de Quillebeuf. Par ces endiguemens, on a considérablement rétréci le lit du fleuve, tout en cherchant à favoriser la navigation du Havre à Rouen. Ce système a eu là, comme partout, des désavantages. L’entrée des eaux de la mer, avec le flot, a été moins volumineuse, et partant la sortie des eaux avec le jusant ou retour du flot, ce qui a rendu moins violentes les chasses naturelles qu’amène le jusant. Une partie de l’estuaire s’est ensablée, exhaussée, des bancs ont surgi ; des bas-fonds, d’autant plus dangereux qu’ils se déplacent à chaque instant, se sont formés ; les pilotes ont dû augmenter de vigilance, sonder en quelque sorte chaque jour pour reconnaître le chenal, les passes, et la navigation fluviale a souffert. Bien plus, les approches du port du Havre se sont à leur tour ensablées, et le port a été menacé. C’est la même histoire ailleurs, nous l’avons déjà constaté à propos de la Loire. L’endiguement des rives d’un fleuve va d’habitude contre le but qu’on se propose, quand il s’agit de favoriser par là la navigation. On n’arrive qu’à exhausser le lit, et à rendre les passes plus difficiles, souvent dangereuses.

Le Havre marque l’extrémité droite de l’estuaire de la Seine sur la Manche, Villerville l’extrémité gauche. Ce petit port est une station de bains de mer assez rustique, qui ne fera jamais oublier Trouville, sa voisine. En deçà de Villerville, sur la Seine, vient Honfleur, que nous connaissons. C’est une cité de 10,000 habitans, qui a gardé quelque chose de son antique prospérité. Elle fait un grand commerce de bois avec la Norvège, et en a importé 60,000 tonnes en 1876. Presque vis-à-vis de Honfleur est Harfleur, séparé du premier par l’immense bras de la Seine, qui n’a pas moins de 10 kilomètres en cet endroit. Harfleur est accessible aux navires par la Lézarde, une petite rivière qui se jette dans la Seine, et s’agrandit considérablement à son confluent avec elle. Ce port a beaucoup perdu de son ancien renom, et le tonnage total n’en dépasse guère 5,000 tonnes par an. C’est entre Berville et le cap du Hode que finit véritablement l’estuaire, la baie de Seine, et que commencent les parties endiguées. Le cours de la Seine se déroule en serpentant. Sur la rive gauche est Quillebœuf, et vis-à-vis Tancarville, Lillebonne et Port-Jérôme, qui se suivent, puis Caudebec, à l’extrémité d’une autre courbe, et enfin, après trois autres replis consécutifs, Rouen, qui marque le sommet d’un quatrième. En continuant à remonter le fleuve, nous saluons