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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/854

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conservées par la glace ou tel autre moyen innocent emprunté à la chimie. A ce titre, nous ne devons pas oublier de citer ici le Frigorifique, un navire à vapeur français qui a été aménagé spécialement en vue d’introduire en France la viande de bœuf de La Plata. Dans un premier voyage accompli en 1876, ce navire est parti du Havre, est revenu heureusement à Rouen, a envoyé une partie de sa cargaison à Paris. On sait quelle immense tuerie de bœufs se fait dans toute la province argentine, uniquement pour tirer parti de. la peau et des cornes de ces ruminans : il paraît qu’on pourra aussi en utiliser la viande. Le Frigorifique prépare déjà un second voyage. De Marseille, un autre bateau à vapeur est parti pour la même destination ; celui-ci conservera la viande par d’autres moyens que ceux qui sont mis en usage sur le Labrador et le Canada ou le Frigorifique. Tant de savans, tant d’expérimentateurs sont en campagne, que l’on réussira à rendre ces projets viables et économiques. Les Anglais semblent toucher le but, et l’Amérique, qui déjà nous habillait par son coton, finira par nous nourrir avec ses bœufs.

Si cette viande fraîche, si le bétail vivant des États-Unis et de La Plata, arrivent enfin chez nous en quantité considérable et réellement à très bon marché, on pourra en saler une bonne partie pour la marine, et réexporter cette viande après l’avoir ainsi préparée. La fabrication des conserves alimentaires est en grande activité à Marseille, à Bordeaux, à Nantes, où elle est si renommée ; elle est un peu trop négligée au Havre. On commencera par le poisson, les légumes, on finira par la viande, et les navires emporteront tout cela, soit pour la nourriture des équipages, soit pour celle des pays lointains. N’y a-t-il pas déjà au Havre une boulangerie, une biscuiterie pour la marine, qui fonctionnent avec succès ? Du reste, la viande introduite sur pied, les bœufs et les porcs vivans, trouveront dans le marché de Paris une source naturelle et comme inépuisable d’écoulement. En somme il y a là, comme dans tous les autres cas que nous avons déjà rappelés, toute une série à la fois curieuse et profitable d’expériences à tenter, et nul doute que l’esprit d’initiative des Havrais ne trouve à s’y exercer utilement. Le commerce de la place y gagnera beaucoup, tant à l’importation qu’à l’exportation.


II. — LA NAVIGATION DE LA SEINE. — LE CANAL DU HAVRE A TANCARVILLE. — LE LITTORAL DE LA MANCHE.

L’embouchure de la Seine ne peut être comparée ni à celle de la Gironde, ni à celle de la Loire, qui sont en quelque sorte délimitées, disciplinées ; ce n’est pas cependant une embouchure à delta comme celles du Rhône et de la plupart des fleuves méditerranéens.