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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/804

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UN REMORDS

PREMIERE PARTIE.

I.

— Oui, en vérité, mon ami, disait Mme de Clairac, renversée dans un fauteuil au coin du feu, c’est un sujet de roman, un sujet pour vous. Restez donc quelques minutes encore…

— Très volontiers, mais je crains d’être importun, répondit de l’autre côté de la cheminée une voix d’homme perdue dans l’obscurité. — On était à la fm d’une de ces courtes journées d’hiver où commence de bonne heure le genre de crépuscule nommé entre chien et loup. — Ne vais-je pas gêner vos premiers épanchemens, après une si longue séparation ?

— Eh, mon Dieu ! une séparation de toute la vie ! Voilà justement pourquoi vous ne nous gênerez pas. S’il s’agissait de se revoir ! mais nous allons faire connaissance, ma nièce et moi, comprenez-vous ? Les souvenirs que nous avons en commun ne seraient que pénibles à évoquer au premier moment, très pénibles même. Moins il y aura d’émotion, mieux cela vaudra pour nous deux. La présence d’un tiers ne pourra que nous rendre service.

— En ce cas, je reste. — Et une forme masculine que venait d’éclairer un jet de flamme s’élevant du foyer, une forme élégante et svelte, debout devant la cheminée, se plongea dans les profondeurs d’une causeuse.

— Je vous l’avouerai même, poursuivit Mme de Clairac, c’est la crainte de trop m’attendrir, tout autant qu’un de ces malaises que m’apporte régulièrement la mauvaise saison, qui m’a empêchée d’aller à la rencontre de notre voyageuse. J’ai esquivé les embras-