Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/75

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


35 mètres de côté, entourée de murailles qui ont plus de 2 mètres d’épaisseur. Il est flanqué de tours rondes et protégé par un fossé. Derrière ces murs solides, des troupes disciplinées sous les ordres d’officiers résolus pouvaient tenir tête à tous les Arabes du désert. Un peu plus bas, sur les bords du lac, on trouve les restes assez bien conservés de bains destinés aux soldats, et quelques débris de maisons qui, selon l’usage, s’étaient groupées autour de la garnison romaine. Au sommet du cratère, un poste avancé dominait toute la plaine, et permettait de voir de loin si quelque ennemi s’approchait, a Ce point, dit M. de Vogüé, forme la limite extrême de notre excursion dans le désert de Syrie : aucun Européen avant nous n’en avait troublé les solitudes. »

Ce système habile de défense eut pour résultat de fermer la frontière aux Arabes. Derrière ces tours et ces camps retranchés, que gardaient de braves soldats et des officiers vigilans, la Syrie se sentit pour la première fois en sûreté. Les champs se peuplèrent ; de grandes constructions furent entreprises pour rendre le pays plus sûr ou plus riche, et, selon l’usage, l’armée romaine en donna l’exemple. A peine les états nabatéens venaient-ils d’être soumis à l’empire que le légat Cornélius Palma, qui les gouverna le premier, s’empressa de légitimer sa conquête par des travaux utiles : on le voit occuper ses soldats à conduire les eaux des montagnes dans les plaines arides du Harouan, et faire graver des inscriptions sur des stèles qui existent encore pour nous dire « que le canal a été creusé en L’honneur de l’empereur Trajan. » Les plaines, mieux arrosées, devinrent plus fertiles ; la richesse amena le goût du bien-être ; de belles maisons de pierre, larges et commodes, remplacèrent partout les huttes et les tanières d’autrefois. Si l’on veut savoir ce que devenaient des pays barbares quand ils étaient gouvernés par les Romains, il suffit de jeter les yeux sur les planches qui accompagnent l’ouvrage de M. de Vogüé. La transformation qu’ils firent subir à la Syrie centrale est incroyable. Le désert s’y peupla de villes et de villages ; des gens qui vivaient de rapines et habitaient des cavernes prirent goût aux plaisirs les plus délicats des peuples civilisés. On a retrouvé à Bostra les restes d’un des théâtres les plus beaux et les plus grands qu’aient construits les Romains. Les gradins sont presque tous en place, la scène est décorée de ces portes monumentales qui donnaient accès aux acteurs ; plusieurs des colonnes de la galerie supérieure où se tenaient les femmes sont encore debout : c’est même le seul théâtre antique qui les ait conservées. Les dessins de M. de Vogüé nous montrent aussi des ruines de thermes, de basiliques, de palais. Il y en a un à Chaqqa dont plusieurs salles sont intactes ; les Arabes le désignent encore par son ancien nom de Quaisarieh (Cœsareum). A