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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/733

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GEORGE SAND

Je n’ai pas l’intention, dans les pages que l’on va lire, de raconter la vie de George Sand. Le moment n’est pas encore venu d’écrire sa biographie avec autant de liberté qu’on écrirait celle de Mme de La Fayette ou de Mlle de Lespinasse ; mais je crois qu’il est possible de raconter l’histoire de son talent et peut-être aussi de son âme, en demandant à ses propres confidences l’aveu de quelques-unes des épreuves qui ont précédé l’essor de son génie et en cherchant à surprendre dans ses œuvres le secret de l’influence qu’elle a exercée. Ce travail n’aura donc rien pour provoquer et satisfaire les exigences d’une curiosité maligne ; mais j’espère que la réserve n’en détruira pas tout l’intérêt. Ainsi que George Sand elle-même l’a dit avec vérité, « tout est l’histoire, même les romans, » et ce serait bien mal comprendre celle de la génération dont elle a été une des voix les plus vibrantes que de ne pas y retrouver à chaque pas la trace de toutes les idées vraies ou fausses, chimériques ou généreuses, auxquelles elle a prêté le retentissement de son éloquence. Consacrer à la mémoire de George Sand une étude plutôt morale que biographique n’est donc pas faire une œuvre absolument stérile, et, si ce n’est écrire un chapitre des annales du siècle, c’est du moins en rassembler les matériaux.


I.

Lorsqu’au cours de l’année 1832, si fertile en événemens, parut le premier roman signé du nom de George Sand, l’attention publique, qui se portait à toutes les nouveautés avec une égale ardeur, fut au bout de peu de jours vivement surexcitée. Tout ce qui dans Paris était tant soit peu amateur de littérature et de poésie s’abordait dans les rues en se disant : « Avez-vous lu Indiana ? Lisez donc Indiana ! » À la curiosité de lire le livre succéda bientôt la curiosité de connaître l’auteur. Les gens dont le métier est de