Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/705

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LES PARIAS
LEGENDE

Sous le vieil Aureng-Zeb, à Bénarès la Sainte,
Dans l’immonde quartier construit hors de l’enceinte,
Où pullulent, sans même un dieu qui leur soit cher,
Les parias impurs qui mangent de la chair,
Deux enfans au visage innocent, au cœur chaste,
Mais qui, marqués du type exécré de leur caste,
Plus que les chiens lépreux par tous étaient chassés,
S’aimaient de tout leur cœur et s’étaient fiancés.
Que le dernier çoudra de ces foules sans nombre
Se crût souillé d’avoir mis le pied dans leur ombre,
Qu’ils fussent les plus vils au-dessous des plus vils,
Puisqu’ils pouvaient s’aimer, à peine y songeaient-ils.
Pauvres et nus, cherchant à grand’peine leur vie,
Ils ne connaissaient pas la colère et l’envie ;
Et le guerrier mahratte au drapeau triomphant,
Ni le riche nabab qui, sur son éléphant,
Fume à l’ombre d’un dais, les jambes accroupies,
Et rêve au monceau d’or de ses lacks de roupies,
Ni le brahmane altier que fait riche et puissant
Une idole aux vingt bras peinte en couleur de sang
Et qui, dans le secret des pagodes fermées,
Voit se tordre à ses pieds les danseuses pâmées,
Ni même l’orgueilleux descendant de Timour,
Ne leur semblaient heureux, n’ayant pas leur amour.

Sangor, superbe Indou d’une force indomptée,
Était rameur à bord d’une barque pontée,