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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/676

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produit définitif et achevé. Ce n’est pas en un jour, je le reconnais, que l’ensemble de ces créations, qui malheureusement en France dépendent à peu près exclusivement de l’initiative et de l’impulsion gouvernementales, peut se faire une place dans la sollicitude et dans les habitudes publiques. Mais à toute fin il faut un commencement. Le bon vouloir et la persévérance, encouragés par les premiers résultats obtenus, font le reste. C’est ainsi que les Anglais, stimulés par les menaces que « notre esprit guerrier, » impolitiquement et ridiculement, leur fit entendre dans les premières années du second empire [1], se sont mis à l’œuvre de la défense nationale avec la patience et la ténacité qui leur sont propres. Au point de vue de la fortification côtière et des dispositions maritimes qui la complètent, ils se sont donné, comme on pouvait s’y attendre, des sécurités de la plus haute valeur. Mais il est aujourd’hui constaté que, même au point de vue militaire, auquel par son tempérament, par ses traditions et en raison de sa position géographique, unique au monde, la population anglaise était restée absolument étrangère, d’étonnans résultats ont été obtenus. Les régimens de volontaires des comtés, bien plus sérieusement préparés et mieux dressés que les corps de notre ex-garde nationale, qu’il faut les féliciter de n’avoir pas pris pour modèles, tiendraient très utilement et honorablement leur place dans une ligne de bataille défensive. Ainsi les mœurs publiques ont pu se prêter à des travaux, des assujettissemens, des sacrifices qui ont réalisé un organisme militaire national susceptible d’une grande extension, à côté d’un organisme militaire officiel nécessairement restreint. Il ne faut pas perdre ici de vue que l’Angleterre, seule entre les autres états de l’Europe, n’est pas tenue, quant à présent, d’adopter le système de constitution d’armée dont les guerres foudroyantes de 1866 et de 1870 ont imposé à tous l’obligation. Elle est protégée par un fossé difficile à franchir, — incomparable avantage social, politique et militaire, — contre les contacts et contre les chocs auxquels nous devons la dure loi qui prépare aux armes toute la jeunesse et fait passer sous le drapeau toute la population valide de notre pays.

Ce grand travail de réformation de l’éducation nationale serait impérieusement commandé par le soin de la sécurité et de la paix publiques, alors même que l’intérêt militaire ne l’exigerait pas. Croit-on que, dans un pays incessamment révolutionné, où fermentent toutes les passions que peuvent exciter la compétition politique et toutes les autres compétitions qui en dérivent, il ne soit pas hasardeux de mettre indistinctement tous les citoyens en

  1. Des adresses parties de l’armée et rendues publiques furent mises sous les yeux de l’empereur à l’occasion de l’attentat d’Orsini. Elles le conviaient à l’invasion de l’Angleterre.