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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/605

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LA
LIBERTE DES THEÂTRES

Sous l’ancienne monarchie, deux théâtres seulement avaient le privilège de s’adresser librement au public de Paris : l’Opéra et la Comédie-Française. Les autres scènes leur payaient tribut, depuis les baraques de la foire jusqu’à l’Opéra-Comique et la Comédie-Italienne, qui, en se fusionnant par la suite, amenèrent la création de ce genre mêlé de chant et de dialogue qu’on exploitait à la salle Favart. Quand vint la révolution, les novateurs durent penser à rendre les théâtres indépendans : ils se demandèrent pourquoi la scène française ne serait pas libre au même titre que la presse et la tribune. Les journaux s’étaient occupés déjà de la question, lorsqu’une pétition fut rédigée, et présentée par La Harpe, le 24 août 1790, à l’assemblée nationale constituante. Cette pétition demandait qu’on pût jouer tout et partout. Parmi les signataires, on retrouve les noms de Sedaine, de Cailhava d’Estandoux, de Chamfort, de Fenouillot de Falbaire, de Ducis, de Collot-d’Herbois, de Marie-Joseph Chénier et de Beaumarchais. L’assemblée nationale l’accueillit favorablement : deux mois après, Rabaut-Saint-Étienne, Chapelier et Target, membres de la commission nommée à cet effet, présentèrent leur rapport concluant à ce que « tout homme pût établir un spectacle sous la surveillance de la police. » La question fut mise à l’ordre du jour de la séance du 13 janvier 1791, et, à la suite d’une discussion à laquelle prirent part Robespierre et l’abbé Maury, l’assemblée constituante vota, le 19 janvier, un décret dont l’article 1er était ainsi conçu : « Tout citoyen pourra élever un théâtre public, et y faire représenter des pièces de tous les genres, en faisant, préalablement à l’établissement de son théâtre, sa déclaration à la municipalité du lieu. »

Cette liberté illimitée dura, en réalité, jusqu’au décret du 8 juin