Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/594

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mais, comme il l’écrivait au duc de Broglie, il ne les séparait pas de la monarchie. Il avait le sentiment, la fibre royaliste, et depuis trois mois, quand de loin il suivait avec une attention passionnée ces débats qui agitaient le parlement, il avait été frappé de la recrudescence de toutes les hostilités révolutionnaires, des appels retentissans à l’insurrection, à un drapeau de révolution. Ce qu’il reprochait à ses anciens amis, c’était d’avoir été depuis le commencement de cette crise moins des royalistes modérés, constitutionnels, que les alliés d’une opposition agitatrice, d’avoir contribué à créer une situation violente où, au risque d’avoir à subir quelques lois médiocres, il ne restait plus qu’à tenir tête à une attaque organisée, grandissante. C’est ce qui le séparait des doctrinaires.

C’est l’esprit tout ému de ces préoccupations et de ces pensées que De Serre faisait dès le 18 mai sa rentrée dans la chambre, où son apparition était une sorte d’événement. La discussion de la loi des élections était déjà ouverte depuis le 15. Il y avait quatre-vingt-quatre orateurs inscrits contre le projet, tel que le rapporteur, M. Lainé, l’avait exposé. Foy avait le premier engagé le feu ; Royer-Collard avait prononcé un de ses discours les plus éclatans pour la défense de l’égalité de suffrage ; M. de Labourdonnaye, M. de Castelbajac, M. de Bonald, avaient parlé pour la droite, — et chaque jour, depuis la première heure, une foule bruyante s’amassait autour du Palais-Bourbon, attirée par le grand débat. La passion de la rue répondait au signal des chefs de partis.

On se trouvait maintenant en pleine action. Les orateurs se succédaient, évoquant tour à tour ces éternelles images des factions démagogiques ou de l’ancien régime. De Serre, encore faible et visiblement éprouvé par la maladie, suivait la discussion sans dire un mot, laissant tout au plus voir ses impressions aux mouvemens nerveux de sa physionomie. Il se contenait et il attendait, lorsque le 27 mai M. de Lafayette reproduisait dans la chambre une de ces scènes à demi révolutionnaires qui avaient si vivement frappé le garde des sceaux quand il était loin de Paris. M. de Lafayette, du ton dégagé et hardi d’un gentilhomme radical, se plaisait à réveiller les souvenirs de la révolution, à parler des « folies » de l’émigration, du 10 août, du drapeau tricolore, et il signifiait à peu près à la restauration qu’elle avait rompu son pacte avec la nation en violant la charte, qu’on était désormais libre envers elle. Aussitôt De Serre s’élançait à la tribune, et d’un accent frémissant il relevait tous ces défis :

« Le préopinant, disait-il, nous a entretenus de deux époques, les premiers temps de la révolution et le moment actuel. La première