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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/590

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fait l’objet des méditations approfondies de De Serre avant son départ, que M. Decazes avait présentée aux chambres avant de disparaître, et qui soulevait tous les orages. « La loi des élections, tout est là, disaient les ministres ;… tant qu’on n’aura pas de garanties de ce côté, il n’y aura rien de fait… » La difficulté était d’obtenir d’une chambre troublée le vote d’une loi qui avait près de cinquante articles, qui ravivait les questions les plus brûlantes, qu’on accusait d’être une violation de la charte, le couronnement du système de réaction, une revanche d’ancien régime. Au dernier moment, à la mi-avril, le ministère, ému des inextricables embarras dont il se voyait assiégé, croyait se tirer d’affaire en proposant un nouveau projet, simple et sommaire, par lequel il se flattait d’échapper tout au moins au reproche de toucher à la charte. Malheureusement la loi nouvelle ainsi simplifiée n’avait plus pour la relever ni l’augmentation du nombre des députés, ni le renouvellement intégral, ni le vote public, et elle gardait ce qui froissait le plus l’instinct libéral, l’inégalité de suffrage par la création de deux collèges, un collège d’arrondissement désignant des candidats et un collège de département choisissant les députés parmi ces candidats. De l’idée première d’une réforme, qui avait sa grandeur dans l’esprit de De Serre, même dans la loi de M. Decazes, il ne restait plus qu’un expédient assez médiocre, destiné, on l’avouait naïvement, à donner une chambre « malléable et monarchique. » C’est maintenant sur ce point extrême que se concentraient toutes les passions de combat allumées et entretenues depuis deux mois par les lois d’exception.

Je ne veux que montrer la manière dont se nouait et se compliquait cette crise, qui allait devenir un véritable drame. Le ministère Richelieu n’échappait aux premières épreuves de ses lois sur la liberté individuelle, sur les journaux, que pour se retrouver aussitôt en face de difficultés nouvelles ; il se débattait et s’épuisait dans des discussions toujours renaissantes, souvent délicates, semées d’incidens embarrassans, — interpellations au sujet de M. Decazes, pétition de M. Madier de Montjau sur le « gouvernement occulte » du comte d’Artois et de ses amis. C’était d’un autre côté, de la part des libéraux, une tactique évidente de multiplier et d’envenimer ces incidens, de prolonger ces discussions par des discours enflammés ou des amendemens sans nombre, en un mot, d’émouvoir le pays et de créer une agitation d’opinion. Pour les uns et les autres, la loi des élections apparaissait désormais comme le rendez-vous de la grande et décisive rencontre, et plus cette situation se dessinait dans sa gravité, plus on approchait du rendez-vous, plus aussi tous les regards allaient chercher De Serre au loin ; on