Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/527

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Autre part, il le nomme le plus illustre des proscrits, « un homme tel que jamais il ne s’en est vu de plus grand. » Ainsi se donnaient la main sur le seuil du monde moderne ces deux fiers représentans de la vertu, de la virilité républicaines. Se peut-il un plus beau groupe d’humanité complète ? Cependant les années s’avançaient, et sur cette grave et fidèle affection allaient avoir prise les querelles religieuses qui, en Italie comme ailleurs, troublaient les âmes à cette époque.

Les chagrins de famille ouvrirent pour Vittoria l’ère des tribulations douloureuses : les Colonna, dont les exploits jadis se signalaient à toute heure, fatigués de ne plus faire parler d’eux, relevèrent la tête à l’occasion d’une augmentation d’impôt sur le sel. Paul III vit de nouveau se dresser contre lui, dans la personne d’Ascanio, frère de madame Vittoria, l’éternel antagonisme de la féodalité. Le pontife atrabilaire étouffa dans le sang l’insurrection, et quand il eut vaincu son turbulent vassal, employa les procédures dont les papes avaient usé depuis des siècles envers tous les autres héritiers du nom, des armes et du tempérament orageux des Colonna. Proscrit et déclaré déchu de tous ses biens, Ascanio n’eut qu’à se réfugier dans les Abruzzes. Vainement l’empereur lui-même intervint pour amener la réconciliation ; tant que Paul III vécut, le frère de Vittoria fut hors la loi. Sa sœur, qui s’était d’abord retirée dans un couvent d’Orvieto, seule obtint de rentrer à Rome et d’y séjourner quand elle n’habitait pas Viterbe.


VIII. — CONTRE-COUP DE LA REFORME SUR MICHEL-ANGE ET VITTORIA COLONNA. — TROUBLES DE CONSCIENCE. — PERSECUTIONS. — RETOUR A L’ORTHODOXIE. — CONCLUSION.

Mais plus sensiblement encore que ces événemens de famille les conflits religieux du temps devaient l’atteindre. On sait quelles protestations s’étaient élevées pendant tout le moyen âge italien contre les crimes de l’église et la dépravation du clergé : de Pierre Damiani, Grégoire VII et leurs contemporains, au dominicain Savonarole, les réformateurs font la chaîne. Partout l’ascétisme s’efforce de réagir contre la corruption des mœurs. Des quatre points du ciel tonnent les objurgations prophétiques, et la poésie à son tour se mêle à ce concert par la voix de Dante. Pourtant il n’est question encore que de discipline à rétablir, de vie chrétienne à reconstituer, d’abus hiérarchiques à supprimer ; pour la doctrine, à peine figure-t-elle au second plan. Au XVIe siècle, c’est autre chose : plus païen que chrétien à son début, le siècle de la réformation verra dans cette Italie, en proie aux cataclysmes, les consciences