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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/509

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pour lui Rome ne venait qu’en seconde ligne. Qu’était-ce que l’indépendance de la papauté contre la possession garantie de Florence ? Les mêmes troupes qui, après avoir dévasté Rome, s’étaient dirigées sur Naples furent rappelées en Toscane pour s’y tenir à la disposition du pape, et de ce jour date la lutte dont le terme fut aussi la fin de la liberté florentine. Il importait à Charles-Quint de supprimer cette république indépendante, toujours prête à se déclarer pour la France qu’il exécrait et de mettre à sa place une maison souveraine relevant directement de lui. Une partie de la bourgeoisie, plus circonspecte et pressentant le tour que les choses allaient prendre, inclina dès l’abord du côté des négociations, mais les plus violens ne tardèrent pas à l’emporter. Il fut donc résolu qu’on se défendrait jusqu’à la mort. A la tête des belliqueux se signalait surtout Michel-Ange, rompant en visière aux souvenirs d’un passé qui le rattachait aux Médicis et quittant ses protecteurs de la veille pour se ranger parmi leurs ennemis. Trois ans dura la bataille à travers toutes les manœuvres de la trahison, tous les coups de force et tous les artifices de la diplomatie. Manœuvres, coups de force, artifices, autant d’huile versée sur le feu. Les passions s’irritent, s’entre-croisent, les caractères se développent en intensité, en grandeur. L’Italie crevait de talens, d’audace, de science, de poésie, de richesses, de galanterie, quoique déchirée par de continuelles guerres intestines, et quoiqu’elle fût le rendez-vous de tous les conquérans qui se disputaient ses plus belles contrées. Quel émouvant spectacle que celui d’un peuple qui lutte et meurt pour sa liberté ! Italiens contré Italiens, a-t-on dit ; rien de moins juste. Les Italiens qui défendent la ville sont des Florentins d’antique souche, solidement appuyés sur le sol national ; ceux qui l’attaquent sont confondus avec des Espagnols et des Allemands et forment le ramas impérial. Michel-Ange faisait partie du conseil de guerre, et tout de suite il voulut qu’on s’occupât des fortifications ; Capponi, le premier des trois gonfaloniers, émit l’avis contraire ; à l’en croire, aucun péril prochain ne motivait une démonstration si grave. Capponi était de la faction des aristocrates, qui se déclarait contre l’alliance avec la France, politique du parti adverse. Et, cette alliance ainsi que les fortifications étant votées, il lia sur-le-champ de secrètes intelligences avec le pape et s’efforça d’entraver les travaux de Michel-Ange. Ainsi, tandis qu’à Pise, à Livourne, celui-ci construisait des redoutes, tandis qu’il consolidait la défense de Ferrare, Capponi faisait à Florence interrompre les opérations et mettre de côté le matériel. Un tel état ne pouvait se prolonger ; Capponi fut renversé, et Carducci, son successeur, eut beau s’évertuer, Florence n’en fut pas moins réduite à repousser avec ses seuls moyens d’action le double assaut d’un pape résolu à