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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/488

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chroniqueurs. Un jour, Victor Cousin, montant en chaire à la Sorbonne, commençait ainsi sa leçon : « Il y a en philosophie quatre systèmes, le spiritualisme, le sensualisme, le scepticisme et le mysticisme : ils sont, donc ils sont vrais ; ils sont quatre, donc ils sont faux. » Ainsi de ces anecdotes, vraies par un côté, fausses par d’autres, et dont nous devons tenir compte si nous voulons pénétrer au fond des choses. Je crois à l’histoire du plafond Chigi, d’abord parce que c’est Vasari qui me la raconte, mais surtout parce que ce commérage, puisque commérage il y a, se rapporte miraculeusement à certaines idées sur le caractère et l’organisation physique de Raphaël qui me viennent à l’esprit quand je regarde les portraits qu’on a de lui, ou que je lis sa correspondance et ses vers. Et contre ces idées jamais ne prévaudront les doctorales dissertations d’un Passavant. D’ailleurs l’œuvre de Vasari n’est point un document à dédaigner. Nombre d’érudits, d’amateurs et de gens du monde qui formaient le cercle du jeune cardinal Farnèse paraissent l’avoir directement encouragée, et les divers sujets en furent débattus si bien qu’à la seconde édition Vasari remania complètement la vie de Michel-Ange, sans revenir toutefois à sa biographie de Raphaël autrement que pour y faire quelques additions.

« Raphaël est la joie de mon âme, s’écriait jadis la comtesse Hahn-Hahn dans une de ses effusions mystiques, et non point seulement à cause des riches trésors légués par lui à notre terre en retour d’une hospitalité si généreuse, mais surtout parce qu’il est vraiment l’élu de Dieu, parce qu’il est un des rares mortels que Dieu chérit dans sa mansuétude et dans sa grâce, et non dans sa justice et sa rigueur, le soutenant et le gardant de sa main à travers le monde, et l’en arrachant avant l’heure et par cela même juste à temps. Heureux vainqueur qui sortit du combat de la vie dans sa brillante armure et ne sentit ni se flétrir sa jeunesse, ni ses forces décroître, ni se ralentir son essor, ni son glaive s’émousser. Saint Raphaël, priez pour nous ! » Nous ne pousserons pas si loin la litanie, mais, sans aller jusqu’au nimbe séraphique, il est permis, je crois, d’admettre qu’une nature moralement élevée et moralement émue pouvait seule créer ce que Raphaël a créé ; tout ce que raconte Vasari serait vrai, que la grandeur de l’artiste n’y perdrait rien. Accuser en pareil cas un biographe de calomnie, à quoi bon ? On lit, on écoute, puis en regardant l’œuvre on oublie. Laissons de côté ces préoccupations et ne nous pressons pas de déclarer mensonge une assertion parce qu’elle bat en brèche tel glorieux type de perfection qu’il nous plairait de caresser. Idéalisme et cénobitisme sont deux choses fort distinctes, et poursuivre un but supérieur et divin n’empêche pas de s’attarder parfois avec