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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/471

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archiduchesse d’Autriche, rien n’aurait pu faire augurer qu’à cet enfant d’un prince suspect, bientôt compromis par la révolution éphémère de 1821, était réservée cette étrange fortune d’agrandir la maison de Savoie, de créer une nation de 25 millions d’hommes, de régner à Naples comme à Turin, à Venise comme à Palerme, et d’aller mourir au Quirinal en souverain reconnu par l’univers, par l’Autriche elle-même. C’est pourtant ce qui a rempli cette existence, c’est ce qui imprime le caractère d’un événement européen à la fin d’un roi qui a vécu assez pour conduire jusqu’au bout cette immense révolution, pour être la personnification vivante et régulière d’une puissance nouvelle appelée désormais à jouer son rôle dans toutes les combinaisons de la politique.

Cet héritier d’une vigoureuse race avait été élevé sévèrement, militairement, comme tous les princes de Savoie ; il avait grandi sous le règne silencieux de son père devenu Charles-Albert, à côté de son frère, le duc de Gênes, ce jeune héros mort prématurément il y a plus de vingt ans et dont la fille est aujourd’hui la gracieuse reine d’Italie. Le dernier roi avait été marié lui-même dès 1842, à vingt-deux ans, avec une princesse autrichienne, fille de l’archiduc Rénier. Victor-Emmanuel n’était sorti réellement de l’obscurité qu’au milieu des explosions patriotiques et libérales de 1848. Il avait commencé sa carrière de soldat pendant cette première guerre de l’indépendance, en se faisant bravement blesser à Goïto. Il avait commencé sa carrière politique le 23 mars 1849, le soir de Novare, en recueillant la couronne sur un champ de bataille des mains de son père, qui avait vainement cherché la mort et n’avait trouvé que l’amère déception de la déroute. C’était un sombre début de règne. L’Italie, après une année d’agitation, était plus que jamais livrée aux réactions absolutistes et à la domination étrangère. Le Piémont lui-même, abattu à Novare, restait à la discrétion de l’Autriche victorieuse ; à Turin, les partis égarés redoublaient de violences au risque d’aggraver la défaite. L’insurrection éclatait à Gênes, et, pour comble de malheur, le jeune roi, à peine échappé à une journée sanglante, se sentait tout à coup pris d’un mal à peu près semblable à celui qui vient de l’emporter. Une lettre tout intime qu’un homme dévoué, aide-de-camp du prince, le général Dabormida, écrivait alors à son ami La Marmora, et que M. Chiala a divulguée récemment, peu avant la mort de Victor-Emmanuel, peint cet incident touchant des premiers jours du règne ; elle reprend un triste à-propos. «… C’est avec la tristesse dans le cœur que je dois te dire que non-seulement la maladie du roi ne s’achemine pas vers une solution, écrivait alors le général Dabormida, mais elle a pris au contraire un caractère aigu capable de faire craindre pour la vie de sa majesté… La douleur nous fait peut-être voir le danger plus grave qu’il n’est, mais le danger existe. Songe donc, mon cher ami, aux conséquences d’une semblable perte ! .. Je ne