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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/451

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de mesure, m’ont paru avoir la tête ronde, presque brachycéphale. » Comme le fait observer M. de Rochas, ce dernier caractère appartient à la race bretonne en général ; quant à attribuer, même en partie, aux mariages consanguins l’état actuel des cacous, en dépit de l’opinion reçue, cela semble beaucoup plus difficile à affirmer, puisque les parias du midi, chez lesquels on ne remarque pas les mêmes symptômes d’abâtardissement, se sont mariés eux aussi à tous les degrés de parentage, sauf ceux qui constituaient l’inceste, depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours, à tel point que les cagots, comme les cacous, se traitaient toujours entre eux de cousin.

Ce qui ressort clairement de cette longue enquête physiologique, c’est que, soit au nord, soit au midi, les cagots ne se distinguent sous aucun rapport des gens reconnus toujours comme indigènes. Leurs traits, leurs mœurs, leurs habitudes sont les mêmes. Bien plus, — et la remarque a grande valeur ici, — les idiomes des différentes variétés de parias sont complètement indépendans l’un de l’autre ; chacun d’eux parle la langue même du pays où il est né, breton chez les Bretons, basque chez les Basques, béarnais chez les Béarnais. Or comment admettre que, s’ils appartenaient à une race unique et distincte, contraints partout de ne vivre qu’entre eux, ils n’eussent pas gardé dans l’expression de leurs sentimens ou de leurs idées un souvenir quelconque de l’origine commune ? Les Juifs, les Bohémiens, quoique dispersés sur toute la surface du globe, ne se relient-ils pas les uns aux autres par d’incontestables analogies de langue, de type et d’usages ? Ainsi s’écroulent d’elles-mêmes toutes les théories qui veulent rattacher l’origine des cagots à des étrangers, Visigoths, Mores ou Espagnols ; à plus forte raison celle qui voit en eux des goitreux et des crétins, et que rien dans l’observation directe ne vient justifier. On se trouve ainsi ramené à l’hypothèse de la lèpre, la seule vraiment explicable. Mal incurable, contagieux et transmissible par l’hérédité, la lèpre, de tout temps connue en Europe, prit à la suite des croisades une intensité extraordinaire ; au XIIIe siècle, on comptait dans la chrétienté 19,000 léproseries dont 2,000 en France ; propagée et entretenue par l’ignorance absolue des règles de l’hygiène où l’on vivait alors, elle resta à l’état endémique jusqu’au commencement du XVIe pour décroître alors rapidement, si bien que de tous les pays de l’Europe, l’Archipel grec et la Norvège sont les seuls où elle se rencontre encore assez fréquemment. D’ailleurs n’oublions pas qu’on admit toujours plusieurs sortes de lèpre, dont les deux principales, déjà décrites par les Grecs, sont l’éléphantiasis, la vraie lèpre du moyen âge, et la leucé ou lèpre blanche. La première s’annonce par des taches auxquelles succèdent des tubercules de forme et de