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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/441

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Goths, en béarnais, chiens Goths, « ce reproche leur estant resté aussi bien que le soupçon de ladrerie en haine de l’arianisme, que les Goths avaient professé, et des rigueurs qu’ils avaient exercées dans le pays. » — « Mais, reprend Pierre de Marca, dans sa savante Histoire de Béarn, je ne puis goûter cette pensée, qui ne prend son fondement que du rencontre de ce nom de cagot avec l’origine qu’on lui donne, d’autant plus que cette dénomination n’est pas si propre à ces pauvres gens que plusieurs autres qu’on leur a données, comme de capots, gahets, gezitains et chrestiens,… lesquelles, non plus que le soupçon de vraie ladrerie, et la marque de pied d’oie ne peuvent s’accommoder à l’origine des Goths, qui étaient illustres en extraction, éloignés d’infection, et de profession chrestienne, quoique néanmoins arienne. » François de Belleforest, annaliste du royaume de France sous Charles IX, avait déjà présenté les mêmes objections, et d’une façon beaucoup plus précise : « D’autres dient que ce sont les restes des Goths demeurés en Gascoigne, mais c’est fort mal parlé, car la plupart des maisons d’Aquitaine et d’Espagne, voire les plus grandes, sont issues des Goths, lesquels, bien longtemps avant le sarrasinisme, avaient reçu la religion catholique pour quitter l’arianisme. » En effet, à certains égards, l’arianisme des Visigoths eût suffi à les faire considérer par les orthodoxes du XIIIe siècle comme doublement infectés ; grâce à la confusion introduite dans les idées par le langage mystique de l’époque, de l’imputation d’hérésie découlait naturellement le soupçon de ladrerie ; Grégoire de Tours ne donne-t-il pas le nom de lèpre à l’idolâtrie de Clovis dans le récit qu’il fait du baptême de ce roi ? Mais n’oublions pas que le catholicisme était devenu la religion officielle des Goths depuis que leur roi Récarède avait abjuré son erreur au concile de Tolède de 589, et tout son peuple après lui. A bien voir, s’il y eut des envahisseurs qui laissèrent dans le midi de la Gaule des fermens de haine et de vengeance, ce furent les Francs pour leurs effroyables dévastations depuis Clovis jusqu’à Simon de Montfort, et non les Visigoths, qui se montrèrent presque toujours humains et tolérans. Comment supposer d’ailleurs que les vaincus de Vouillé aient consenti à subir le joug de populations hostiles, quand il leur était si commode de passer, soit en Septimanie, sur ce territoire qui s’étend des sources de la Garonne au Rhône et à la Méditerranée, et que leurs compatriotes gardèrent encore plus de deux siècles ; soit en Espagne, où les Visigoths étaient si bien établis qu’ils devaient plus tard, avec le descendant de leurs rois, Pélasge, jeter en face de l’invasion arabe les premiers fondemens de la monarchie castillane ? Enfin, il faut observer, que ces dénominations de cagots et d’agotes n’ont commencé à être en usage