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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/434

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Le plus vieux document qui parle des parias bretons est un statut de l’évêque de Tréguier ; il est écrit en latin et date de 1436. Il y est dit que les cacous (cacosi) doivent se tenir pendant les offices à la partie basse des églises, et ne pas être assez osés pour toucher les vases sacrés et recevoir le baiser de paix avant les gens sains. En 1475, un mandement en français du duc François II de Bretagne fit défense aux caqueux de : voyager dans le duché sans avoir une pièce de drap rouge sur leur robe, de se mêler d’aucun commerce que de fil et de chanvre, d’exercer aucun métier que celui de cordier,ni de faire aucun labourage que de leurs jardins. Deux ans plus tard, sur leur supplique, le même prince les autorisa à prendre à bail pour trois ans les terres les plus voisines de leurs habitations, mais sans leur permettre de « vendre ou distribuer à d’autres aucunes portions de bled ne autres fruits d’icelles terres, si ce n’est entre eux« » Mille contes extravagans couraient sur leurs mœurs ; ils étaient réputés sorciers : ils vendaient des sachets qui préservaient de tous les maux, jetaient des sorts, connaissaient des herbes dont la vertu faisait vaincre à la lutte ou à la course, et prédisaient l’avenir. Et, de fait, il est bien possible que ces pauvres gens, dans leur misère, aient cherché parfois, à tirer profit de la bêtise ou de la crédulité de leurs voisins. Leurs caquineries étaient situées en dehors des villes, au milieu des landes et des bruyères si communes en Bretagne, où ils trouvaient pour s’étendre tout l’espace nécessaire à leur industrie de cordiers ; quelques-uns aussi étaient tonneliers ou écorcheurs de bêtes mortes. Les caqueux dépendaient directement de L’autorité ecclésiastique ; ainsi ceux de Vannes se reconnaissent à plusieurs reprises vassaux et sujets de l’évêque, sans qu’on puisse pour cela, pas plus que les cagots, les assimiler à des serfs ; ils lui devaient à chacune de ses visites pastorales chacun un licol de bon chanvre pour son cheval, redevance qui se transformait d’ordinaire en, une modique somme d’argent ; mais, outre cette rente à payer à l’évêque, ils étaient assujettis à certaines obligations, comme de fournir les cordes des cloches des églises et chapelles, et aussi celles des potences pour l’exécution des criminels. Ils pouvaient posséder des biens, meubles ou immeubles, et les transmettre ; seulement ils n’étaient aptes à hériter ou acquérir que des gens de leur caste, et leurs biens ne pouvaient passer non plus qu’à des caqueux. Ils n’avaient droit de se marier qu’entre eux, et quand leur naissait un enfant, le curé l’enregistrait avec la qualification de cordier-natif ; même en quelques paroisses, par surcroît de précaution, les baptêmes de ces nouveau-nés étaient inscrits à la fin du registre, à l’envers, pêle-mêle avec les bâtards. En somme, la relation ne saurait être plus intime entre la condition sociale des cordiers bretons et celle des parias du midi.