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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/430

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LES CAGOTS
ET LEURS CONGENERES

Les Parias de France et d’Espagne (Cagots et Bohémiens), par M. V. de Rochas, Paris, 1876.


I

Depuis le moyen âge, on désigne sous le nom de cagots toute une classe de malheureux, véritables parias, répandus naguère encore sur le versant septentrional de la chaîne des Pyrénées. Objets de l’aversion générale, les cagots passaient pour malsains : ils avaient, disait-on, l’haleine fétide, et de leur corps s’échappait une odeur repoussante, surtout quand le vent du midi soufflait ; leurs oreilles étaient arrondies, sans lobe, et l’on pouvait voir sur leur langue de petits grains semblables à ceux qu’on trouve sur la peau des porcs ladres. En même temps, il n’est pas de vice ou de crime dont on ne les crût capables : on les disait odieusement lascifs, présomptueux, hâbleurs, violens, cupides et de mauvaise foi ; on supposait qu’ils vivaient en relation avec l’esprit malin, qu’ils ensorcelaient les troupeaux et qu’en approchant du berceau des enfans, ils pouvaient, par leurs regards ou leurs caresses, les frapper de maladies incurables ; Aussi les tenait-on prudemment à l’écart : ceux des villes étaient relégués dans un faubourg spécial où les personnes saines se lussent bien gardées de mettre les pieds et d’où ils ne pouvaient sortir eux-mêmes sans porter sur leur vêtement et bien en évidence un morceau de drap rouge taillé en patte d’oie ou de canard ; dans les campagnes, ils