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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/409

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Si la fortune publique était prospère, comme l’établissaient les sommes considérables dont pouvait disposer l’industrie, le peuple souffrait ; la population croissait plus rapidement que les moyens de subsistance, les salaires ne s’élevaient pas proportionnellement à l’augmentation des capitaux que l’on prêtait à l’état, et les lois sur les coalitions empêchaient les classes ouvrières de prendre part à la prospérité du pays. Et dans l’intérêt de qui tous ces impôts, tous ces sacrifices, toutes ces lois tyranniques ? D’une coalition qui poursuivait des desseins contraires aux principes et à la grandeur de l’Angleterre. L’harmonie et l’unité de vues ne régnaient pas parmi les coalisés ; la jalousie et la haine qui séparaient l’Autriche et l’Angleterre, un moment assoupies, éclataient à chaque instant. Le ministre de la guerre à Vienne dénonçait à M. Grenville les menées de la cour de Prusse, qui se souciait beaucoup moins d’étouffer la révolution que de s’emparer de la Pologne sans coup férir et de recevoir de l’Angleterre un bon subside d’un bon million et demi par an. Ce ministre avisé oubliait d’ajouter que son maître, l’empereur d’Autriche, n’avait pas d’autre désir que de s’emparer de la Bavière et de l’Alsace. Le roi de Prusse ne tarda pas à justifier les appréciations du ministre autrichien. Après avoir accepté les subsides de l’Angleterre, prenant modèle sur ces prélats souverains immortalisés par Dryden, qui prenaient d’une main l’argent de Charles II pour aller attaquer les Hollandais, et recevaient de l’autre des états-généraux une somme plus considérable pour les retenir chez eux, il entrait en pourparlers avec la France, signait le traité de Bâle et, avec une effronterie sans pareille, jetait sur la Pologne les troupes équipées avec l’or de l’Angleterre. D’autre part, l’Autriche n’était pas une alliée plus utile, les intrigues et les routines du conseil aulique, le défaut de vigueur et d’initiative des généraux ne permettaient d’attendre aucun résultat sérieux, et l’Angleterre dépensait en pure perte ses trésors. Ces considérations, que développait Lansdowne, justifiaient ses efforts en faveur de la paix, et, depuis le départ des émigrés du camp des alliés, il était autorisé à soutenir que le but des puissances n’était pas de renverser la république, mais de démembrer la France, et que l’Angleterre, sans se déshonorer, ne pouvait pas se laisser traîner à la remorque d’une politique d’ancien régime. La paix d’Amiens combla ses souhaits et lui permit de reprendre ses rapports suivis avec ses amis de France ; il caressa même le projet d’aller revoir la bonne ville de Paris. Malheureusement le ministère d’Addington, qui avait remplacé Pitt après le rejet du bill sur l’émancipation des catholiques, fut d’une maladresse insigne ; il irrita le premier consul, dont l’ambition était insatiable, par des exigences et des réclamations qui n’étaient