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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/391

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supérieure à la faveur éphémère des ministres, lui paraissait utile et nécessaire. A ses yeux, la chambre des lords était le boulevard inexpugnable de la liberté, telle était appelée à conjurer le danger d’une coalition de la royauté et de la chambre des communes contre la nation, à tenir la balance entre le souverain et l’autre chambre. Quand les chambres hautes comprennent ce rôle tutélaire et qu’au jour où la représentation populaire est faussée ou égarée, elles profitent de leur prestige pour faire échec aux entreprises audacieuses de la royauté, elles justifient leur existence et la prolongent au milieu des bénédictions du peuple ; que si elles ne servent pas de contre-poids et de frein aux tentatives de la royauté de ressaisir le pouvoir absolu, si elles renient leur origine et se laissent rabaisser au rôle de comparses dans le spectacle que la cour ménage aux vanités de la nation, elles ne sont plus qu’une menace permanente à la sécurité du pays et elles méritent d’être expropriées comme les châteaux en ruine qui gênent la facilité des communications. C’est dans cet esprit que M. Gladstone disait : « Tout bon Anglais aime les lords, il ne les décrie pas tant qu’ils ne font pas échec à la prospérité et à la grandeur du pays, tant qu’ils sont utiles. »

Derrière ces députés des communes qui avaient acheté un collège électoral avec l’argent de leurs déprédations et de leurs crimes aux Indes et auxquels la cour vendait chèrement l’impunité, derrière ces gentilshommes de campagne sans illustration ni fortune, que le roi introduisait par fournées dans la chambre haute afin de modifier son tempérament et de courber sa superbe, Shelburne apercevait à travers les fenêtres du palais de Westminster, dans la poussière de la lutte et du travail âpre, tout ce peuple nouveau qui venait d’ouvrir au pays des sources de richesses inépuisables, le parti de l’industrie et de la banque, qui n’allait pas tarder à prendre une influence prépondérante dans la direction des affaires. Pendant que lord Bute étalait son imprévoyance et sa hauteur, que Grenville décrétait l’acte du timbre et que la chambre des communes jetait le défi à l’opinion publique eu expulsant de son sein un élu légitime, tous les inventeurs, qui ont fait de l’Angleterre la forge de Vulcain, étaient à l’œuvre : Watt inventait la machine à vapeur, Wedgwood ses poteries, Arkwright le métier à filer, et Mathews Boulton pouvait dire à ceux qui venaient visiter ses établissemens : Ici je vends ce que le monde désire par-dessus tout, la force. Shelburne suivait avec attention toutes ces créations de génie ; et, disciple empressé d’Adam Smith, il se préoccupait d’ouvrir à cette industrie de nouveaux débouchés et d’établir dans le monde le principe de la liberté du commerce.

Monarchiste loyal, malgré les accusations de républicanisme que les amis du roi lui jetteront au visage quand il essaiera de réduire