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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/365

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Les boers auraient bien voulu faire admettre que, en achetant la jouissance du sol, on en achète aussi la souveraineté. De fait, c’est un principe admis partout lorsqu’il s’agit d’un contrat entre sauvages et Européens. Les colonies créées sur les divers rivages du globe n’ont guère d’autre titre de propriété. Le gouverneur du Cap ne s’occupa que pour la forme de ces subtilités. Il n’était pas venu jusqu’à Klipdrift, à 1,200 kilomètres de sa capitale, pour se livrer à des discussions de procureur. Les chercheurs de diamans lui firent un accueil enthousiaste ; il leur confirma la défense que son subordonné leur avait déjà faite de ne payer l’impôt qu’aux autorités britanniques. Ce voyage lointain du premier personnage de la colonie prouvait d’ailleurs que la Grande-Bretagne n’entendait pas abandonner ses aventureux enfans. Le Transvaal se tint pour satisfait. Dans une entrevue entre sir H. Barkly et le président Pretorius, il fut convenu que le litige, en ce qui concernait cette république, serait tranché par deux négociateurs, avec arbitrage, en cas de désaccord, par le gouverneur de Natal. Au nom de l’état libre d’Orange, le président Brand refusa d’adhérer à cette solution modeste. Ambitieux d’être traité comme l’on traite le chef d’une grande nation, il proposa de prendre pour arbitre l’empereur d’Allemagne, le roi de Hollande ou le président des États-Unis d’Amérique. N’obtenant pas une réponse satisfaisante, apprenant du reste que sir H. Barkly était déjà reparti vers le sud, il convoqua un commando d’un millier d’hommes avec quatre pièces de canon pour appuyer ses prétentions par la force des armes. A cette nouvelle, le gouverneur lui fit simplement remarquer que tout acte de violence ne serait autre chose qu’une déclaration de guerre à la Grande-Bretagne, sans compter que les pionniers de Griqualand se montreraient disposés à se défendre avec vigueur. Le Volksraad le comprit et eut la sagesse d’arrêter cette manifestation belliqueuse, ce qui ne lui fut pas difficile au surplus, car les boers avaient répondu avec peu d’empressement à l’appel du commando. Peu après, le ministre des colonies autorisa l’annexion aux possessions anglaises du territoire contesté ainsi que de la tribu dont Waterboer était le chef, à condition que le parlement du Cap se chargerait de pourvoir aux dépenses de cette nouvelle province. Cet acte n’étouffait pas la dispute. Du moins le gouvernement d’Orange comprit que ses chances de succès s’amoindrissaient. Il ne pouvait plus être question d’invoquer l’arbitrage d’un souverain, d’autant que le cabinet britannique n’aurait jamais consenti à prendre un étranger pour juge du différend survenu entre lui et ceux qu’il ne considérait que comme d’anciens sujets. Il y eut une longue correspondance sur cette affaire, de nouvelles propositions sur lesquelles les