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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/363

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manifeste de pourchasser leurs ennemis, de leur enlever leurs terres jusqu’à ce que la famine et la misère les eussent anéantis.

En cette même année 1867 survint une merveilleuse découverte qui eut pour effet de donner une valeur inappréciable au plus pauvre district de cette région. Un fermier d’origine hollandaise qui vivait sur les confins de la colonie vendit à un négociant anglais une pierre brute que l’on reconnut bientôt être un diamant. Cette pierre avait été ramassée près du confluent de l’Orange et du Transvaal. Elle n’était point unique ; d’autres furent bientôt recueillies, entre autres une de grosseur prodigieuse qui fut achetée plus de 11,000 livres sterling. Aussitôt que le bruit s’en répandit, les aventuriers accoururent en foule d’Amérique et d’Angleterre aussi bien que du Cap et de Natal. Les natifs s’y rendirent presque aussi nombreux que les Européens. En 1870, il y avait 5,000 individus sur les terrains diamantifères ; il y en eut 35,000 en 1871.

A qui appartenait ce territoire d’une richesse féerique qui dépassait du premier bond les mines légendaires de Golconde ? A l’arrivée des premiers émigrans, les Griquas l’occupaient sous le commandement d’un certain Waterboer. Cependant, comme cet endroit n’avait qu’un aspect stérile, les boers purent s’y établir sans contestation. Même le résident anglais de Bloemfontein leur délivra des titres de possession sans que personne eût d’abord la pensée de s’y opposer. Lorsque les fermiers de l’Orange devinrent indépendans, on s’aperçut que ce canton ne devait pas être compris dans les limites du territoire dont l’Angleterre leur abandonnait la libre jouissance ; mais la réserve, s’il y en eut une inscrite dans la convention, fut conçue en termes ambigus. A mesure que le pays se peuplait, Waterboer eut de nouveaux motifs de faire valoir ses réclamations. La question était toujours en suspens lorsque des diamans y furent découverts. Il parait vraisemblable que, pour vivre en paix, Waterboer désirait se mettre, comme Moshesh, sous la protection du drapeau britannique.

Les Griquas accueillirent donc les diggers avec empressement. Ceux-ci, dont la plupart étaient Anglais d’origine, d’éducation tout au moins, s’organisèrent bien vite, comme l’avaient fait avant eux les chercheurs d’or d’Australie et de Californie, en une société de protection mutuelle investie, par le consentement unanime, des pouvoirs nécessaires pour maintenir le bon ordre. M. Brand, président de la république d’Orange, eut alors la velléité d’assurer à ses compatriotes la possession de ce beau domaine. En août 1870, il invita Waterboer à une conférence dans laquelle il prétendit convaincre ce chef indigène que les boers étaient maîtres chez lui. Waterboer s’étant retiré parce qu’il ne se sentait pas de force à