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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/357

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peine à s’imaginer que le régime parlementaire fût efficace dans les possessions d’outre-mer. Il s’en défiait, surtout en raison de ce que l’indépendance d’un parlement local lui semblait rompre le lien intime maintenu jusqu’alors entre la métropole et ses dépendances. Aussi proposa-t-il de modifier la constitution en ce sens que les deux chambres électives auraient été remplacées par un conseil unique dans lequel les principaux officiers de la couronne prenaient place. C’était demander aux colons une abdication ; ils n’y voulurent pas consentir. Cette proposition s’était produite un peu avant le renouvellement normal des deux chambres. Les élections qui se firent sur cette question tournèrent contre le vœu du gouverneur.

Il est à remarquer que ces graves débats se poursuivaient d’année en année sans produire une trop vive animosité. Peut-être se fût-on mis d’accord, si d’autres questions ne s’étaient présentées en même temps que le gouverneur tranchait de façon ou d’autre contre le gré populaire. On l’a vu, les législateurs du Cap avaient refusé de s’annexer la Cafrerie britannique. Sir Philip imagina de faire prononcer cette annexion à Londres par un bill du parlement. C’était une atteinte aux droits de la colonie de décider une affaire de cette importance sans qu’elle eût été consultée au préalable. Les ministres de la Grande-Bretagne, qui firent en cette occasion ce que leur demandait le gouverneur, ne prenaient cependant parti ni pour lui ni pour ses adversaires. Ils ne lui imposaient pas une ligne de conduite invariable, le laissant maître de se guider suivant les circonstances. Mais lorsque, au bout de sept ans, sir Philip Wodehouse fut sur le point de revenir en Europe, ils dirent à son successeur que le conflit avait assez duré, et que, les colons faisant preuve de persévérance, il était temps d’accéder à leurs désirs. Justement, les mines de diamans venaient d’être découvertes ; la population s’était accrue, les revenus publics suivaient une progression croissante. Sir Henry Barkly, qui arrivait de la province de Victoria en Australie, vint au Cap avec la mission de préparer ce grand changement. Les conseillers du gouvernement ne s’y prêtaient guère, peut-être parce qu’ils pensaient que le régime parlementaire aurait pour première conséquence de les éloigner des affaires. En effet, lorsque eh 1872 un acte royal eut approuvé le projet adopté déjà par les deux chambres, tous se sentirent obligés de remettre leur démission. Un membre influent de l’ancienne assemblée législative, M. Molteno, fut chargé de composer le premier cabinet responsable. Désormais le Cap allait vivre sous une constitution qui était faite à l’image de la constitution britannique. Le gouverneur continuait d’être le délégué de la couronne, mais il n’avait plus pour auxiliaires que des délégués du