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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/320

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DE
L'ELOQUENCE ACADEMIQUE

Notices et portraits, par M. Mignet.

Est-ce que ces deux mots, éloquence et académique, peuvent être vraiment associés l’un à l’autre ? Est-ce que,

Hurlant d’effroi de se voir accouplés,


ils ne constituent pas une antithèse, ces deux mots dont l’un signifie l’audace, la puissance, la fougue, la parole soudaine excitée par la chaleur du débat et s’échappant en improvisations hardies, dont l’autre éveille l’idée d’un langage étudié, châtié, mesuré, combiné pour des effets prévus, emprisonné dans des limites infranchissables, soumis à des traditions régulières, rigoureuses, presque formalistes ? Ici un joug écrasant, la bienveillance des sentimens et la politesse des habitudes s’imposant à l’écrivain condamné à certaines formes solennelles et obligé de louer en jugeant, c’est-à-dire réduit souvent à ne pas juger à force de louer ; là une liberté absolue de tout exprimer de ce que l’on sent, un champ immense ouvert à l’imagination de l’orateur, nulle obligation de ménager son auditoire que souvent même il entraîne par sa puissance et dont il transforme entièrement les impressions et les opinions. Ici enfin l’art de bien dire et de dire à propos, mais sans jamais heurter la tradition, et à la condition expresse de subir certaines formes prescrites, de se conformer exactement aux pensées pressenties des auditeurs, aux usages consacrés du lieu où l’on parle, et d’y accommoder son langage ; là au contraire la passion débordant tout entière et jaillissant du cœur pour aller librement