Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/269

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’Angleterre, Victoria, duchesse de Saxe, princesse royale de Grande-Bretagne et d’Irlande. Confiné dans sa retraite par la maladie, le vieux conseiller de la reine n’avait pu se rendre à Londres pour les fêtes du mariage. Ce fut un chagrin pour la jeune princesse. Le vieux baron avait été l’ami de son grand-oncle, le précepteur de son père, le confident et le conseiller de sa mère. Dans l’intimité de Windsor, les enfans de la reine le regardaient comme un aïeul. Que de fois, toute petite, elle était allée trouver dans sa chambre le vieil ami de la famille ! Était-ce simplement un ami ? Était-ce un maître, un parent ? Elle n’aurait su le dire, tant cette autorité aussi grave que douce, aussi digne que familière, avait un caractère charmant, et tant l’hôte de Windsor se sentait comme chez lui dans le château de la royauté britannique. L’absence du baron au mariage de la princesse avait donc causé de vifs regrets. Aussi, lorsque le jeune couple royal alla s’installer en Prusse, on devine quelles invitations furent adressées au solitaire de Cobourg. Le prince Albert et la reine Victoria devaient prochainement rendre visite à leur fille, qui habitait alors le château de Babelsberg, près de Potsdam. Babelsberg était la résidence du prince Guillaume, celui-là même qui allait être bientôt régent du royaume pendant la maladie de son frère, puis roi de Prusse après sa mort, et à qui la guerre de 1870 devait donner l’empire d’Allemagne. C’est là que le prince Guillaume de Prusse et sa femme la princesse Augusta, assistés du jeune couple, se préparaient à recevoir le prince Albert et la reine Victoria. Il ne fallut pas moins que ces instances et le désir de revoir la famille royale d’Angleterre pour décider le vieillard à quitter sa retraite. Il aurait pu dire comme Voltaire au comte Lally : « Le mourant ressuscite en apprenant cette bonne nouvelle. » Le mourant ressuscita et se rendit à Potsdam. Est-il besoin de dire avec quelle joie, avec quelle tendresse il y fut accueilli ?

Un autre motif, quoique moins pressant, l’avait attiré en Prusse. Le roi Frédéric-Guillaume IV s’affaissait de jour en jour sous les atteintes de la maladie la plus grave. Cette belle âme de rêveur, cette brillante imagination d’artiste s’éteignait dans une sorte de paralysie, la raison du souverain s’était voilée. Le moment était proche où il faudrait se décider à ne pas attendre sa mort pour le remplacer sur le trône. Le régent était désigné d’avance : c’était son successeur légitime, son frère, le prince Guillaume, puisque Frédéric-Guillaume IV n’avait pas d’enfans. Il n’y avait sous ce rapport aucune difficulté, mais à quel moment précis, dans quelles conditions, sous l’influence de quelles idées politiques se ferait cette transmission de l’autorité suprême ? C’étaient là des questions qui devaient réveiller Stockmar. Malgré ses déceptions de 1849, malgré ses douleurs et ses colères de 1850, il ne s’était pas tellement