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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/263

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la tendance de chacun de ces partis en Belgique étant de tirer tout à soi, et de s’arroger une domination absolue.

Tel est l’ensemble des idées de Stockmar sur cette grave question de l’année 1857. On y retrouve l’élévation de ses vues et la précision de son jugement, avec une disposition très marquée à se préoccuper des dangers de la droite beaucoup plus que des dangers de la gauche. Quant à la question de savoir si le roi avait eu raison de se mêler à la lutte par sa lettre publique au ministre de l’intérieur, Stockmar exprime une opinion intéressante qui mérite d’être conservée. Voici ce passage dans le texte même, il est extrait d’une lettre que le vieux politique a rédigée en français :


« La lettre du roi est, comme vous me le dites, un acte un peu irrégulier ; mais un roi qui, à juste titre, peut se nommer le principal fondateur d’une constitution, occupe pendant toute sa vie une position exceptionnelle. L’histoire de l’Angleterre sous Guillaume III fournit les preuves de cette assertion. Le roi Léopold, mutatis mutandis, est pour la Belgique ce que Guillaume était pour l’Angleterre, Voilà pourquoi, dans des crises où il y va du salut public, et tant que la constitution belge n’a pas encore pris l’aplomb et la consistance que ne lui donneront que le temps et l’habitude de la marche, le roi peut et doit même, pour le fond comme pour la forme, exercer l’autorité royale d’une manière qui ne conviendrait plus à une époque postérieure dont elle choquerait le sentiment et le jugement.

« Puisque la lettre du roi est publiée, inutile de demander si elle aurait pu être mieux faite… »


Il est certain que Stockmar l’eût faite autrement. N’importe ; dans cette lettre qu’il n’approuve qu’à moitié, il y a un passage qui sauve tout à ses yeux. Le roi a dit avec son grand instinct du juste : « Toute mesure qui peut être interprétée comme tendant à fixer la suprématie d’une opinion sur l’autre est un danger. » Stockmar s’attache à cette pensée, il est persuadé que le salut est là, et, craignant que le roi n’ait trop de prédilection pour les catholiques de son royaume, trop de répugnance contre les libéraux, il supplie son correspondant de faire tout son possible pour le maintenir dans l’esprit de cette maxime. Le rôle du roi est un rôle d’arbitre ; sous peine d’altérer sa puissance, il doit garder au-dessus des partis cette position suprême.

Quel est ce correspondant à qui Stockmar confie le soin d’encourager et d’avertir un souverain comme le roi Léopold ? L’éditeur des Souvenirs n’en dit rien, nous en sommes réduits ici à des conjectures. C’était probablement un des amis du roi, un des politiques belges qui, retirés de la vie active, étaient restés les