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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/252

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dans le palais, il y reçoit le duc régnant de Saxe-Cobourg-Gotha, le prince George de la Saxe royale, l’envoyé extraordinaire de la reine Victoria, puis, après avoir prié ses illustres hôtes de se joindre au cortège, il remonte à cheval et se dirige vers le nouveau quartier qui porte son nom. C’est là, sur une vaste place magnifiquement décorée, qu’il va être complimenté par le sénat, par la chambre des représentans, par les députations communales. De nobles paroles sont encore échangées. Le roi répond en une seule fois au président du sénat et au président de la chambre, il rappelle à quel sentiment il a obéi en acceptant la couronne. Se dévouer à une tâche aussi noble qu’utile, consolider les institutions d’un peuple généreux et maintenir son indépendance, telle était sa seule ambition. C’est ainsi qu’il s’exprimait le 21 juillet 1831 et ce langage contenait tout un programme ; a-t-il eu le bonheur de le réaliser ? Les vingt-cinq années de la royauté belge répondent à cette question. Le roi résume alors les principaux traits de cette histoire, il peint en quelques mots la situation incertaine du début, les défiances de l’Europe, la confusion de l’état, la nécessité de tout improviser, les esprits divisés par des opinions passionnées et des influences jalouses, les intérêts matériels brusquement troublés et alarmés de l’avenir, puis bientôt, grâce au bon sens du pays, l’ordre et l’unité apparaissant au milieu du tumulte, la confiance succédant au doute et la sécurité à l’inquiétude, l’administration organisée, la constitution respectée, la paix conquise, l’existence nationale garantie par des traités solennels, toutes les sources de la prospérité rouvertes, le commerce et l’industrie prenant un large essor, l’agriculture, cette vieille et précieuse industrie du pays belge, associée au mouvement général par des innovations fécondes, les sciences, les lettres, les arts, « brillant, dit le roi national, comme aux plus beaux jours de notre histoire, » enfin, pour tout résumer d’un mot, la Belgique se sentant vivre. A ce grand labeur, une dernière épreuve manquait ; de sinistres événemens la lui fournirent. Les révolutions de 1848 ébranlèrent une moitié de l’Europe. Battue au sud et à l’est par les flots soulevés, la Belgique était-elle en mesure de résister à ce formidable choc ? Oui, dans cette commotion qui a fait tant de ruines, « la Belgique a su trouver de nouvelles forces, donner de nouvelles preuves de sa vitalité, acquérir de nouveaux titres à l’estime du monde. » A qui appartient l’honneur de ces merveilleux résultats ? A la nation elle-même. Il faut entendre le souverain glorifiant « l’antique moralité des populations belges, leur profond sentiment du devoir, leur bon sens, leur esprit pratique, leur déférence pour les vues paternelles de leur roi. » Grâce à toutes ces qualités réunies, le peuple belge a compris