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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/24

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correspondance assidue. C’est de lui aussi qu’elles recevraient des subventions proportionnées à l’importance de leurs publications ou destinées à leur venir en aide pour telle ou telle série d’expériences et de recherches. Je suppose enfin qu’il pourrait bien aussi être admis à faire quelques présentations pour les distinctions honorifiques et les décorations méritées par les membres des académies associées. Il a d’ailleurs seul en main une récompense, celle du titre de correspondant, plus enviée que toutes les autres. Ses ressources, aujourd’hui si insuffisantes, devraient s’accroître de tous les fonds d’encouragement du budget pour les sciences et pour les lettres. Avec une dotation moins mesquine, que ne pourrait-il pas faire pour aider les savans, pour multiplier les expériences, pour provoquer les travaux et les découvertes autour de lui et loin de lui !

Il est vrai que la munificence des particuliers semble devoir suppléer à ce que l’état ne donne pas. Les donations particulières tendent à se multiplier ; les prix fondés par les particuliers sont aujourd’hui plus nombreux, et ont plus de valeur que les prix du budget. Mais les donations particulières ont l’inconvénient d’être en général affectées à un emploi spécial, à un prix déterminé auquel le donateur est jaloux d’attacher son nom, de sorte que l’Institut n’est pas libre d’en faire l’emploi qu’il jugerait le meilleur. Peut-être cependant ne serait-il pas impossible de se ménager à l’avenir une plus grande liberté dans l’emploi des donations, sans laisser en oubli le nom des bienfaiteurs. Je voudrais que leurs noms fussent rappelés dans toutes les séances publiques, imprimés en tête de chaque volume de nos Mémoires, en tête de l’almanach de l’Institut ; je voudrais qu’ils fussent gravés sur le bronze ou le marbre aux meilleurs endroits du palais Mazarin. Je n’aurais pour ma part aucun scrupule à user, dans l’intérêt de la science et des lettres, de tous nos moyens de captation académique. L’Institut aurait-il des millions, j’estime qu’aucun argent au monde ne serait mieux dépensé pour les progrès de la civilisation, pour la richesse et la félicité du genre humain. Toutes les dépenses pour les sciences, dit Bacon, sont des œuvres vraiment royales, opera vere basilica. Descartes n’a pas moins bien dit : a Les inventions des sciences sont d’un tel prix qu’elles ne peuvent être payées avec de l’argent ce qu’elles valent. »

Nous devrions songer à nous rapprocher davantage, sans l’imiter cependant en toutes choses, de l’Institut de Salomon, de cette académie idéale dont Bacon, dans sa Nouvelle Atlantide, a tracé le plan grandiose. Laissons de côté les crosses, les mitres, cet appareil presque sacerdotal, et tout cet éclat extérieur dont il veut environner les représentans, les magistrats suprêmes de la science