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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/239

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longitudinalement. L’autre extrémité du fil agira donc sur la membrane du second appareil de façon à la faire vibrer identiquement comme la première. Cette dernière membrane ébranlera synchroniquement la masse d’air du cornet, masse d’air en contact direct avec le système auditif de la personne qui écoute. Cette personne éprouvera donc la même sensation que si on lui parlait à l’oreille, et distinguera nettement tout ce qui sera prononcé dans le premier appareil. On voit qu’ici ce n’est plus la transmission du son dans l’air qui est en jeu, mais bien la transmission du son dans un solide, puisque nous pouvons considérer comme tel un fil tendu. La vitesse de propagation y est donc déjà beaucoup plus grande que dans les tubes acoustiques ; mais la distance qui peut séparer les deux interlocuteurs est limitée dans la pratique à une centaine de mètres au plus, avec la condition accessoire que cette transmission s’effectue en ligne droite.

Nous arrivons maintenant aux téléphones électriques, qui permettent de porter la voix, avec toutes ses finesses, à des distances quelconques. Dans ces appareils, ce ne sont plus les vibrations elles-mêmes qui sont transmises par le fil conducteur. Chaque vibration élémentaire donne naissance à un courant électrique, et ce courant a pour effet de reproduire, dans l’appareil récepteur, une vibration identique à celle qui l’a créé. L’un des appareils fait l’analyse des vibrations, et l’autre en fait la synthèse. L’appareil récepteur peut donc être comparé à une personne douée d’une ouïe extrêmement fine qui percevrait des sons émis à plusieurs centaines de kilomètres et qui répéterait ce qu’elle a entendu à l’oreille de la personne qui écoute.

Parmi ces remarquables instrumens, le téléphone inventé par M. Graham Bell, professeur de physiologie vocale à l’université de Boston, est le premier en date, et aussi le seul qui, actuellement, ait atteint un degré de perfection satisfaisant. La simplicité des organes et du fonctionnement ajoute encore à l’impression profonde que l’on éprouve lorsqu’à la distance de plusieurs lieues on distingue non-seulement les phrases prononcées, mais encore le son de voix de tel ou tel interlocuteur. Le téléphone de Bell est un appareil de petit volume, affectant comme forme générale celle d’un champignon dont le pied aurait environ 15 centimètres de longueur, et le chapeau 7 ou 8 centimètres de diamètre. Le pied renferme un barreau d’acier aimanté, de la grosseur d’un fort crayon. Autour du sommet de ce barreau, c’est-à-dire de l’un des pôles de l’aimant, se trouve une petite bobine de fil de cuivre fin et isolé, dont le nombre de spires est de près d’un mille. Les deux extrémités de ce fil correspondent l’une avec une ligne télégraphique ordinaire, l’autre avec le sol. Au-dessus de cette bobine et du pôle de l’aimant qui lui sert de noyau, dans la partie que nous avons comparée au chapeau d’un champignon, une plaque mince et circulaire de fer-blanc présente son centre à une très faible distance de l’aimant, tandis que