Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/228

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion des affaires n’avait pas tranché toutes les difficultés. Il y avait dans la chambre des députés des velléités, des impatiences faites pour rendre la vie laborieuse à un ministère ; il y avait aussi sans doute dans d’autres pouvoirs, sinon des ambitions, du moins des illusions et des arrière-pensées. On sentait partout l’équivoque dans le jeu des institutions ; on semblait assister à une expérience à travers laquelle se dessinait un conflit inavoué entre des interprétations constitutionnelles, des prétentions, des responsabilités, des prérogatives toujours prêtes à se heurter, et c’est ce qui faisait du gouvernement une négociation perpétuelle menacée d’incessantes ruptures. Aujourd’hui le conflit a éclaté ; depuis le 16 mai, il a parcouru toutes ses phases. Il a été porté devant le pays, et même après le vote du pays vainement soumis à la plus violente pression, même après la réunion de la chambre nouvelle sortie du scrutin du 14 octobre, il a persisté encore devant l’opinion étonnée, émue et profondément troublée. Il a été poussé jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au point où il ne pouvait aller plus loin sans devenir une collision meurtrière, irréparable, entre des pouvoirs que les institutions ont créés pour s’entendre, non pour se faire la guerre. Qu’y avait-il dans ce conflit poussé à bout ? Il y avait évidemment une dangereuse méprise du chef de l’état sur ses droits constitutionnels ; il y avait l’erreur d’un esprit sincère, abusé par les passions et les sophismes des partis, entraîné dans une campagne désastreuse et conduit, sans le savoir, sans le vouloir, au seuil d’un coup d’état contre la constitution, contre le parlement, contre le pays.

C’est alors que par une inspiration de patriotisme, comme vient de le dire noblement le nouveau ministre de l’instruction publique, M. le maréchal de Mac-Mahon s’est arrêté simplement, courageusement, pour rentrer « dans la vérité parlementaire, dans la pratique assurée des institutions. » S’il a pu se faire illusion sur ce qu’on n’a cessé de lui représenter comme l’intérêt conservateur, et si cette confusion entretenue dans son esprit a été la cause première du 16 mai, il ne s’est plus trompé dès qu’il a vu où le conduisait la logique de cette triste crise poussée à outrance par des volontés passionnées. Il est resté avec le pays, avec le parlement, par la formation d’un ministère absolument constitutionnel, par le message du 14 décembre, qui est comme l’expression et le gage d’une situation toute nouvelle. Et sait-on bien pourquoi l’opinion, après avoir été pendant quelques jours si violemment émue, a éprouvé tout à coup, du soir au lendemain, une sorte de soulagement et de tranquillité bienfaisante, pourquoi il y a eu partout comme un mouvement instinctif et spontané de confiance renaissante ? C’est qu’à tout prendre ce dénoûment, qui était devenu presque imprévu, qui est pourtant si naturel et si simple, n’est qu’une victoire de la loi, du bon sens, de la paix publique, un retour à la vie régulière.

L’opinion s’est sentie délivrée du poids d’un inconnu redoutable,