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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/206

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mal inspiré. Elle est sans doute explicable au point de vue des intérêts du trésor, qu’elle protège sans les protéger beaucoup. Elle est inexplicable au point de vue des intérêts du rengagement, qu’avant tout la loi a entendu servir. Elle détruit l’économie spéciale de cette loi ; elle en compromet les effets aux yeux des sous-officiers. Ils l’interprètent comme une disposition étroitement fiscale dont le but est d’éluder les engagemens pris, au moins d’en réduire le coût pour l’état, qui semble retirer d’une main une part de ce qu’il a donné de l’autre, quand, par fortune, le traitement de l’emploi civil obtenu a quelque importance.

Petite vue et grande erreur.


II

Il me reste à discuter le second moyen, qui consiste, je l’ai dit, en une série de mesures spéciales propres à relever la condition des sous-officiers devant l’armée, devant le monde et à leurs propres yeux. Toute la théorie que je vais exposer est expérimentale, c’est-à-dire qu’elle dérive d’observations pratiques faites sur le vif, et que je résume ainsi : « Le goût qu’un agent du pouvoir, revêtu d’une certaine part d’autorité déléguée, quelle qu’elle soit, a pour son office, est directement proportionnel au degré de considération qu’il lui vaut 1° de la part de ses chefs, 2° de la part de ses sous-ordres, 3° de la part du public, qui a ou qu’il suppose avoir, — ça qui est tout un, — les yeux sur lui. »

J’ai constaté la justesse de cette observation, qui mérite, je pense, d’avoir une place dans les maximes de gouvernement, partout et dans toutes les situations où la conduite des affaires exige l’emploi d’un personnel hiérarchisé. Les Arabes d’Algérie eux-mêmes, dont l’état social est si différent du nôtre, nous montraient, dès les débuts de la conquête, qu’ils en avaient au plus haut point le sentiment. La première demande que nous adressait ou la première condition que nous faisait celui d’entre eux à qui nous donnions l’investiture par le burnous rouge était invariablement celle-ci : « Atini hörma (donne-moi la considération), » c’est-à-dire : montre par des actes publics que tu me considères.

Quelle est aujourd’hui, avec quelques modifications récentes à peine sensibles, la situation des sous-officiers dans l’armée ? Elle est traditionnellement très effacée dans l’infanterie, un peu plus relevée dans la cavalerie, un peu plus relevée encore dans les armes spéciales de l’artillerie et du génie, très médiocre et trop subalterne dans toutes, eu égard à la valeur des garanties de savoir professionnel, de moralité et d’autorité qu’exige l’accomplissement de leurs devoirs respectifs. Il ne faut pas perdre de vue que la mission des sous-officiers dans la paix et dans la guerre est