Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/184

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tombeau devint un lieu de dévotion. Il eut pour successeur un de ses frères, Dingaan, aussi cruel, mais moins habile. Peu satisfait d’avoir sur le littoral une petite colonie d’Anglais, n’osant toutefois les expulser de vive force, il avait signé une convention avec eux. L’un des articles de ce traité autorisait les missionnaires à pénétrer dans l’intérieur. Il y en avait un, le révérend Owen, dans le camp de Dingaan, lorsque Retief et ses compagnons apparurent sur le versant oriental du Drakenberg.

Les boers venaient demander à ce chef indigène la permission de s’établir sur le territoire dont il était alors le maître. Il leur fit bon accueil ; les clauses du traité furent, après discussion, rédigées par le révérend Owen, qui assistait à ces négociations en qualité d’interprète. Avant de conclure, Dingaan voulut donner une grande fête à Retief et lui faire passer la revue de ses troupes. Ce n’était qu’un prétexte. Les Européens avaient eu l’imprudence de déposer leurs armes. Sur un signal donné, ils furent tous mis à mort, sans qu’un seul fût épargné. Les missionnaires, terrifiés par cet événement, se réfugièrent en toute hâte près de la petite colonie de Port-Natal. Les boers, avertis de cette catastrophe qui leur enlevait l’élite de leurs combattans, se réunirent sous le commandement d’un nouveau chef, Hendrik Potgieter. Ils étaient alors à cheval sur le Drakenberg pour ainsi dire. Un grand nombre n’avaient pas encore franchi cette chaîne de montagnes. Néanmoins les 800 hommes, jeunes ou vieux, en état de tenir un fusil se sentaient de force à lutter contre des barbares mal armés, d’autant plus que les Anglais de Port-Natal étaient convenus d’attaquer au même moment pour faire diversion. Par malheur, des espions zoulous surveillaient tous leurs mouvemens. Dingaan repoussa tous ses ennemis avec succès. Les colons de Natal se réfugièrent, en compagnie des missionnaires, sur un navire qu’un heureux hasard avait amené dans la baie. Les boers revinrent dans la montagne, épuisés, réduits à la plus misérable condition, obligés de secourir sur le fonds commun quantité de femmes et d’enfans dont les maris ou les pères avaient succombé. Le gouverneur du Cap, sur le récit qui lui parvint de ces tristes événemens, fit dire aux fugitifs qu’il les invitait à rentrer dans la colonie. Quelques-uns y auraient consenti volontiers. Ce furent les femmes, dit-on, qui refusèrent de quitter la place avant que les victimes eussent été vengées. On est tenté de croire au surplus qu’ils n’avaient éprouvé tant d’échecs que parce qu’il leur manquait un chef vigoureux. Il leur en arriva un sur ces entrefaites, Andries Pretorius, du district de Graaff Reinet, dont le nom reparaîtra souvent par la suite. La lutte recommença bientôt avec plus de succès. Dingaan, vaincu, fut abandonné par une partie de ses partisans. Un de ses frères, que les émigrans avaient eu