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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/183

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Moselekatze, les attaqua à l’improviste. Ils marchaient par petites bandes, chacune accompagnée de femmes, d’enfans, de troupeaux, de chariots. La première fut écrasée sans qu’âme vivante en pût réchapper. La seconde donna l’alarme. Aussitôt les émigrans se concentrèrent. Il est digne de remarque qu’ils combattaient comme l’on raconte que firent autrefois nos ancêtres les Gaulois. A l’intérieur d’un retranchement formé par les chariots, hommes et femmes se défendaient avec le même courage. Ces braves boers avaient du moins l’avantage d’être mieux armés que leurs adversaires, car ceux-ci n’avaient que des javelots, tandis que les Européens possédaient des fusils dont ils se servaient avec beaucoup d’adresse, ayant été dressés à la chasse dès leur plus jeune âge. Cette attaque fut donc repoussée sans trop de pertes ; ensuite une petite troupe des meilleurs guerriers franchit le Vaal sous la conduite de Maritz et de Potgieter, pour poursuivre l’ennemi et lui enlever les trophées qu’il avait obtenus par surprise. Ces incidens prouvaient combien il était imprudent de marcher à l’aventure. Retief en profita pour imposer une certaine discipline à son peuple. A cela près, l’exode se continuait sans trouble ni désordre, malgré l’assemblage incongru de tant de- familles dont le lien social était purement volontaire. L’état sanitaire était bon. Soir et matin les prières étaient dites en commun. Le pays fournissait en abondance des pâturages, de l’eau, du poisson et du gibier ; les indigènes ne refusaient pas de vendre des céréales en échange de porcs ou de moutons. Les lions étaient gênans ; on en tua des centaines. Le but que les émigrans se proposaient d’atteindre était la terre de Natal, dont la chaîne du Drakenberg les séparait.

Vasco de Gama, lors de son premier voyage dans l’Inde, avait découvert le jour de Noël une baie de la côte orientale d’Afrique ; il y avait débarqué et s’était donné le plaisir de baptiser ce pays nouveau du nom de Terra natalis. Trois siècles et demi plus tard, quelques Anglais s’y établirent, mais le gouverneur du Cap ayant refusé de les soutenir, cette tentative eut peu de succès. La côte dont il s’agit était alors presque déserte. On Attila africain, Chaka, chef d’une tribu de Zoulous, s’était rendu maître, de 1812 à 1828, de toute la région comprise entré la Cafrerie et le fleuve Limpopo. Sa cruauté ne le cédait en rien à ce que l’on connaît des plus affreux tyrans de l’Afrique centrale. On raconte qu’au retour d’une armée envoyée par lui contre le Mozambique, furieux que cette expédition eût échoué, il fit massacrer 2,000 femmes de ses soldats, à raison de 300 par jour. Là-dessus, il y eut une sédition. Chaka, trahi par ses frères, mourut en leur prédisant, avec une rare perspicacité, qu’ils ne seraient pas de force à lutter contre les hommes blancs qui allaient bientôt arriver. Suivant l’usage des peuples barbares, son