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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/176

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récit des événemens qui ont amené l’annexion du Transvaal. De même qu’aujourd’hui, le commando donnait lieu, il y a un siècle et demi, aux plus graves abus ; les infortunés sauvages livrés, sans contrôle, aux représailles d’Européens bien armés, avaient toujours tort. Les récits de Levaillant ne laissent aucun doute à ce sujet ; ce voyageur, voulant vivre en bonne intelligence avec les indigènes, se garde bien de prendre le parti des boers ; il les évite ; il laisse pousser sa barbe pour ne pas être confondu avec eux. A l’en croire, le commando se déclare sous le plus futile des prétextes, même sans prétexte aucun. Le fermier qui veut se procurer des bestiaux et des esclaves part en expédition contre les Cafres, avec ses voisins. Tous ces colons sont endurcis aux fatigues, bons chasseurs, bien armés ; après la victoire, ils massacrent les prisonniers dont ils ne savent que faire et se partagent le butin. La ville du Cap est trop éloignée pour que l’on y sache tout ce qui se passe sur la frontière. Au surplus, quel moyen le gouverneur eût-il eu de punir ou de contraindre à venir s’expliquer les individus supposés coupables de ces méfaits ?

Les établissemens de l’Afrique australe étaient en somme dans une situation peu satisfaisante à la veille de la révolution française. Bientôt la Hollande fut envahie, le stathouder dut se réfugier en Angleterre. Le cabinet britannique, qui surveillait d’un œil jaloux toutes les étapes de la route de l’Inde, obtint du prince d’Orange la permission d’occuper le Cap pendant la durée de la guerre. L’amiral Elphinstone parut devant la ville, en juin 1795, avec une flotte et des troupes de débarquement sous les ordres du général Craig. Le gouverneur hollandais ne se souciait pas de les recevoir. II devait obéissance non point au stathouder, mais à la compagnie des Indes dont il n’avait reçu nulle nouvelle. D’autre part il était hors d’état de se défendre. Un millier de soldats réguliers et quelques bataillons de miliciens, voilà tout ce qu’il pouvait opposer à l’ennemi. Encore ces derniers, si adroits qu’ils fussent dans les chasses contre les bêtes féroces ou contre les Cafres, n’avaient pas assez de consistance pour tenir contre de vrais soldats. Après une courte lutte, la ville et les forts capitulèrent. Ici se termine le règne de la compagnie que personne ne regretta ; elle avait exploité la colonie sans rien chercher que son profit, elle s’était fait détester de tous les résidans européens, qui la plupart acceptèrent volontiers ce changement de maîtres. On vit même quelques employés de la défunte compagnie passer au service du vainqueur. Le général Craig, devenu gouverneur pour la Grande-Bretagne, s’empressa d’abolir les monopoles et de déclarer que le commerce était libre avec les tribus de l’intérieur. De grands travaux de fortification furent