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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/14

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de découragemens, de recherches vaines, faute d’une bonne-direction, ou bien tant d’utiles travaux perdus, faute de publicité. Diverses tentatives ont été faites pour y porter remède, soit par le gouvernement, soit par l’initiative de quelques hommes dévoués au progrès du mouvement académique de la province. Parlons d’abord de ce qu’a voulu faire le gouvernement.

Depuis M. Guizot jusqu’à M. Rouland et la plupart de ses successeurs, les ministres de l’instruction publique ont prodigué tour à tour les marques de sollicitude, les avances flatteuses, les appels et les promesses aux sociétés savantes des départemens. M. Guizot est le premier qui ait songé sérieusement à les relier au ministère de l’instruction publique en leur promettant l’appui du gouvernement. Dans une circulaire de 1834 où il annonce la fondation du Comité historique, il disait : « Il faut d’une part que les sociétés savantes reçoivent du gouvernement, protecteur de l’activité intellectuelle aussi bien que de l’activité matérielle du pays, un encouragement soutenu, de l’autre que leurs travaux soient effectivement portés à la connaissance du public. Le plus sûr moyen, je pense, d’arriver à ce double résultat, c’est d’instituer entre ces sociétés et le ministère de l’instruction publique des relations très fréquentes et régulières. » Il a bien soin d’ailleurs de protester contre toute pensée de porter atteinte à leur indépendance et à leur individualité : « Il s’agit uniquement de leur transmettre d’un centre commun les moyens de travail et de succès qui ne sauraient venir d’ailleurs et de recueillir à ce même centre les fruits de leur activité pour les répandre dans une sphère étendue. »

Si la politique ne s’était mêlée dans ses préoccupations à une si juste et si louable sollicitude pour le développement des travaux historiques, j’imagine que M. Guizot aurait été mieux disposé que personne à voir dans l’Institut, plutôt que dans le gouvernement, le protecteur naturel de l’activité intellectuelle du pays, et qu’il se fût adressé à lui pour cette double tâche, de la publication des documens historiques et de la correspondance avec les sociétés savantes. Cette même pensée politique se retrouve plus ou moins chez tous ses successeurs, sous la république, comme sous l’empire ou sous la monarchie constitutionnelle. Le grand tort de l’Institut, aux yeux de tous ces ministres, est de ne dépendre d’aucun ministère ni même d’aucun gouvernement.

Après M. Guizot, M. de Salvandy, dans ses deux ministères, adresse aux sociétés savantes les mêmes appels et leur fait les mêmes promesses. Rendons-lui cette justice qu’à la différence de M. Guizot il avait fait une place à l’Institut dans le plan qu’il s’était d’abord proposé et qui a même reçu un commencement d’exécution. « Il avait eu, dit-il, la pensée de les rattacher à l’Institut