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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/132

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ne fait entendre réclamations et plaintes ? On les écoutait d’une oreille distraite, et on ajournait le moment d’y faire droit.

La faculté de Paris conservait à peu près sa vieille installation, qui datait du premier empire ou même de la première république. Quelques pavillons de dissection, un ou deux amphithéâtres de cours, quelques collections d’histoire naturelle, d’anatomie normale et pathologique, quelques services de clinique générale, semblaient suffire à constituer une faculté complète de médecine. Les transformations de la science n’y faisaient rien ; telle était une faculté en 1820, telle elle devait être en 1860. Il n’était tenu compte, en apparence, d’aucune des conditions nouvelles, faites aux recherches scientifiques ; il semblait que la physiologie ne fût pas devenue une science expérimentale de premier ordre, et que l’histologie normale et pathologique ne fût qu’une ombre que l’on cherchait ailleurs à faire prendre pour une réalité.

La faculté de Paris, ainsi réduite et dépourvue, ne pouvait donner accès aux étudians qui venaient s’inscrire sur ses registres. De partout l’insuffisance éclatait ; les salles de cours et d’examens faisaient défaut : la place manquait à la bibliothèque, elle manquait dans les pavillons de dissection, et les cliniques ne livraient qu’à un bien petit nombre l’instruction pratique qui fait le médecin. La faculté ne semblait connaître ses obligations vis-à-vis de l’étudiant que le jour où elle recevait son inscription, et le jour où, candidat, elle l’interrogeait à un examen. Entre ces deux actes, les seuls obligatoires, et tous les deux à redevance, l’étudiant semblait libre vis-à-vis de la faculté, et la faculté libre vis-à-vis de lui ; ils pouvaient vivre en étrangers à l’égard l’un de l’autre. La faculté ne semblait pas croire qu’elle était responsable à l’égard de l’étudiant, et qu’elle lui devait tous les moyens d’instruction nécessaires pour former un anatomiste, un physiologiste, un pathologiste, un thérapeutiste, un accoucheur, un médecin enfin dans la pleine acception de ce mot. Je sais bien que le nombre infiniment trop élevé des étudians inscrits à Paris rendait et rend encore très difficile l’entier accomplissement de tous les devoirs de la faculté. Au moins aurait-on dû tenter quelques efforts plus ou moins efficaces vers ce but, au lieu de garder une placide et satisfaite immobilité ; il fallait ouvertement lutter contre un état de choses qui conduisait à une inévitable déchéance.

Toutefois le déclin de la médecine française était loin de répondre à la pauvreté extérieure de l’enseignement officiel. Paris demeurait, au point de vue médical, un foyer encore ardent et fécond. Des élèves distingués, des maîtres éminens, sortaient nombreux de cette faculté, qui étouffait de petitesse et souffrait de tant de misère. C’est qu’à côté de la faculté siégeaient les hôpitaux.