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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/11

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académie de province ; ils demandaient par lettres l’honneur d’en faire partie, ils répondaient, comme Voltaire à l’académie de Marseille ou Buffon à celle de Lyon, par les remercîmens les plus vifs et les plus flatteurs. Quelques-uns même ne dédaignèrent pas d’y venir prendre séance et de partager leurs travaux, comme Voltaire à Lyon, Montesquieu à Bordeaux ; Fléchier à Nîmes, pour ne citer que les plus illustres.

Ce n’est pas seulement par des relations individuelles et quelques témoignages accidentels de confraternité quelles compagnies de la province étaient reliées à celles de Paris, mais par une communauté de statuts et de privilèges, par des liens officiels et par des affiliations vivement ambitionnées. En tête de toutes les lettres patentes royales instituant une académie de province, on trouve cette formule : Les membres de la nouvelle académie jouiront des mêmes honneurs, privilèges, franchises et libertés dont jouissent ceux de l’Académie française. Il n’y avait qu’une seule exception, celle du droit, de committimus, qui permettait aux académiciens, comme aux officiers de la couronne, de choisir des juges à Paris pour leurs procès, sans aller les solliciter ; comme on disait, en province. Quelques académies, parmi lesquelles je citerai Arles et Marseille, étaient obligées par leurs statuts de prendre toujours leur protecteur parmi les membres de l’Académie. Ainsi Marseille eut pour protecteurs le maréchal de Villars ; puis son fils, le duc de Villars, qui lui avait succédé dans son gouvernement et dans son fauteuil académique, et après lui le cardinal de Bernis. Ce n’était pas une chaîne, c’était un honneur et comme un lien de famille.

D’autres contrats unissaient encore plus intimement la province académique à Paris. Il y avait en effet autrefois, ce que nous voudrions encore aujourd’hui, des traités particuliers d’alliance, des affiliations de quelques académies de la province avec l’Académie française ou avec l’Académie des Sciences. Ainsi, en 1692, l’académie de Nîmes, par l’entremise de Fléchier, qui en était le protecteur, fut reçue en alliance de l’Académie française, selon les expressions du procès-verbal. Un de ses délégués, Joseph de la Baume, député des états du Languedoc, eut l’honneur d’y siéger en 1695 et de complimenter l’Académie. Arles, avant Nîmes, avait eu la même faveur ; L’académie de Soissons eut aussi une liaison particulière avec l’Académie française, grâce à Colbert, qui en était le fondateur et qui assista à la séance où ses délégués furent reçus. En 1715, l’Académie des Sciences s’affilia l’académie de Bordeaux qui était alors présidée par Montesquieu. En 1726, par l’influence du maréchal de Villars ; son illustre protecteur, l’académie de Marseille fut alliée à l’Académie française. Fontenelle présidait la séance où furent reçus les députés de Marseille, qui exprimèrent avec