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avoir de l’ouvrage, et ne peut manquer de réduire les salaires à un taux incompatible avec les nécessités de l’existence. Le travail des ouvriers les plus ignorans et les plus inexpérimentés pourrait ainsi être utilisé. « Par le comité exécutif du parti des travailleurs des États-Unis,

« VAN PATTEN, secrétaire-général. »


C’était sous prétexte de répandre ces idées par une propagande pacifique que les sous-comités de l’Internationale convoquaient des réunions publiques dans toutes les villes où le nombre des ouvriers leur faisait espérer de recruter des adhérens et de trouver des instrumens dociles. Chacune de ces réunions avait pour conséquence immédiate ou l’explosion ou la recrudescence de la grève. Il suffisait d’entraîner un corps de métier pour organiser une procession, c’est-à-dire la promenade dans les rues d’un rassemblement tumultueux qui se portait successivement dans toutes les usines, et, de gré ou de force, y faisait cesser tout travail, en menaçant de l’incendie. Si la police essayait d’intervenir, ses agens étaient roués de coups de bâton ou assommés à coups de pierres, et, comme pour célébrer cet exploit, les rassemblemens allaient briser les vitres et souvent dévaster et piller les maisons du maire, des principaux manufacturiers et de quiconque était désigné à l’animadversion de la foule. A Saint-Louis du Missouri, le journal le Républicain s’étant prononcé contre la conduite des grévistes, on eut peine à préserver son imprimerie de l’incendie ; les employés durent se barricader, s’armer et faire bonne garde nuit et jour. Une députation d’ouvriers se présenta chez le maire et lui signifia d’avoir à écrire au président Hayes que l’envoi de troupes fédérales à Saint-Louis ne ferait qu’aggraver et compliquer la situation. Toutes les grandes villes de l’ouest et du centre passèrent par cette épreuve, et demeurèrent pendant plusieurs jours à la discrétion de multitudes désordonnées qui, sans but précis et sans autre programme apparent que de marquer leurs sympathies pour les employés des chemins de fer, semblaient obéir uniquement à une pensée de destruction. L’état qui se trouva dans la position la plus critique fut l’Indiana. Jaloux de conserver sa popularité parmi la classe ouvrière, aux suffrages de laquelle il avait dû son élection, le gouverneur, M. Williams, refusa d’intervenir entre les compagnies de chemins de fer et leurs agens, déclarant que cette querelle de ménage ne regardait pas l’autorité civile. Requis par le juge fédéral du district de procéder à certaines arrestations, le shérif du comté d’Indianapolis, qui faisait lui-même partie de la Fraternité des mécaniciens, consulta le comité de l’association sur la conduite qu’il avait à tenir : il lui fut répondu qu’il pouvait prêter son ministère vis-à-vis des individus coupables d’attentats contre les personnes ou les propriétés, mais qu’il eût à s’abstenir pour le reste.