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qualité de conseillers-adjoints ; le plus clair de la besogne, c’est l’enseignement théorique qu’ils donnent dans des consultations et dans des cours, aux sénateurs, sur des questions d’administration, de statistique, de législation, soit française, soit anglaise ou américaine, et même d’économie politique. Tous les bureaux d’ailleurs sont peuplés de cette race que Montaigne appelle énergiquement « les vieillards abécédaires, » forcés ou du moins s’astreignant à retourner à l’école passé l’âge où l’on apprend. Il est rare de rencontrer un esprit assez solide pour se placer en face d’un problème législatif quelconque et en chercher la solution par les seuls secours de l’expérience et du raisonnement. C’est aux dictionnaires de droit, aux codes européens, qu’il aura recours, ou même en désespoir de cause à l’un de ces glossaires vivans et dociles que le Japon entretient à grands frais sous le nom de conseillers, et c’est avec ces idées exotiques, pillées ça et là, qu’il compose un projet sans l’avoir digéré ni conçu. C’est par ce procédé qu’on essaie d’habiller à l’européenne les lois japonaises, et par suite les nouvelles institutions rappellent ces premières culottes de l’enfance économe, taillées tant bien que mal dans la garde-robe de l’aïeul.

La création du gen-ro-ïn, jugée d’après ses premiers travaux, n’a fait que donner un organe légal aux ennemis du cabinet ; on a dit là ce qu’on publiait auparavant dans des pamphlets. C’est le malheur et le perpétuel embarras de ce gouvernement que, sorti d’une oligarchie qu’il prétend dominer et d’une nation qu’il ne peut appeler au scrutin, il est obligé de s’entourer ou de ses créatures ou de ses adversaires ; ne rencontrant de part ni d’autre le soutien dont il a besoin, il ne peut rien fonder qui ressemble à une constitution. A côté de « l’assemblée des vieillards, » le décret du 17 avril instituait une autre assemblée, qui, sans être plus représentative que la première, sans avoir plus qu’elle le pouvoir de décider aucune question, a un rôle beaucoup plus pratique et plus défini ; c’est le chio-kuan-kai-ji. Sous cette dénomination, que la presse européenne n’a pas manqué de traduire par « chambre des communes », il faut tout simplement entendre une réunion annuelle de tous les préfets des différens ken (départemens), au nombre de 65, convoqués pour donner, dans une session d’été de cinquante jours, leur avis sur les questions d’administration générale et locale. Les préfets ou ken-rei, nommés et révocables par le gouvernement et envoyés par lui dans les provinces, ne sont que des fonctionnaires administratifs, dont il n’a ni beaucoup d’opposition à craindre, ni beaucoup d’autorité à retirer. Toutefois cette institution pratiquée de bonne foi peut rendre des services analogues à ceux de notre conseil supérieur de l’agriculture et du commerce, tandis que le gen-ro-in pourrait être assimilé à notre section de