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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/960

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la question ne l’étudieront pas davantage par ce temps d’élections sénatoriales, et M. Lucien Brun sera probablement le premier à l’oublier pour suivre les vicissitudes de sa candidature qui d’ailleurs n’avance pas. Quant à la dignité de la France, en quoi est-elle intéressée à des lenteurs, à des incertitudes dont l’autorité de la diplomatie souffre toujours ? Qu’aura-t-elle gagné à un ajournement qui expose cette loi de ratification à être votée ou refusée au pas de course à la dernière extrémité ? Un instant on a pu croire que l’affaire de l’isthme de Suez allait être évoquée dans le débat et peut-être peser sur la délibération ; mais les dernières dépêches publiées par M. le ministre des affaires étrangère ont mis en lumière les intentions parfaitement nettes du gouvernement anglais. Lord Derby, même après l’achat des actions de Suez, n’a point hésité à se montrer favorable à la création d’un syndicat international. Politiquement d’ailleurs ce n’est là que le plus petit côté de la question. L’important, c’est cette rentrée hardie de l’Angleterre dans les affaires de l’Europe et en ceci vraiment la France ne peut éprouver ni jalousie, ni ombrage.

CH. DE MAZADE.


ESSAIS ET NOTICES.
Nouvelle Géographie universelle, par M. Élisée Reclus, t. Ier, l’Europe méridionale, Paris 1875 ; Hachette.

Il n’y a pas longtemps qu’on s’intéresse en France aux études géographiques, et qu’on s’efforce de leur faire la place qui leur convient dans un système d’éducation libérale, quoiqu’à vrai dire, sur la foi des Allemands, on eût beaucoup exagéré notre ignorance de la géographie, comme on avait fait notre ignorance des langues étrangères. Convenons toutefois qu’il y a quelque vingt ans, et même moins, plus d’un Français eût partagé l’avis de ce sage précepteur du marquis de La Jeannotière, « qu’on n’a pas besoin d’un quart de cercle pour voyager, et qu’on va très commodément de Paris en Auvergne sans qu’il soit besoin de savoir sous quelle latitude on se trouve. » Ce n’était pas précisément qu’on méconnût l’utilité de la géographie, mais, indépendamment du peu de goût que les Français, en cela bien différens des Gaulois, leurs ancêtres, ont toujours eu, dit-on, pour les voyages, — et l’étude générale de la géographie, qu’est-ce autre chose qu’un voyage dont le plus casanier se donne l’agrément sans sortir de son fauteuil ? — il y avait une cause ou du moins un prétexte à cette indifférence, je veux dire la sécheresse d’une prétendue science dont nos géographes avaient réussi lentement à faire la plus ingrate nomenclature et la plus aride statistique. On avait inventé par exemple de séparer la géographie phy-