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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/953

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l’assemblée ont sûrement de l’importance. Elles placent M. le duc d’Audiffret-Pasquier au point où M. Buffet se trouvait au lendemain du 25 février, au moment oui il entrait au pouvoir ; elles révèlent peut-être aussi la nécessité de reprendre une œuvre interrompue. C’est justement ce qui caractérise cette situation nouvelle où nous entrons ; c’est la question qui commence pour les partis, pour le gouvernement, entre les élections sénatoriales de l’assemblée et les élections de toute sorte que le pays va être appelé à faire prochainement.

Pourquoi donc en est-il ainsi ? Pourquoi des questions qui pourraient, qui devraient ne plus exister, semblent-elles se réveiller dans les péripéties de ce scrutin sénatorial ? Pourquoi ces changements d’opinions et ces incertitudes qui renaissent ? C’est évidemment le résultat d’une politique ministérielle qui, au lieu de simplifier une situation, s’est ingéniée à la compliquer, et qui a passé son temps à s’épuiser elle-même en épuisant les ressources d’autorité, et d’ascendant dont elle disposait. Certes lorsque M. Buffet prenait la vice-présidence du conseil il y a neuf mois, il arrivait au pouvoir dans les conditions les plus favorables. Il y avait une constitution qui donnait désormais un caractère défini et la fixité au régime public de la France, il ne restait qu’à la mettre en pratique, à la développer et à l’accréditer dans le pays en la faisant respecter par tant le monde. Avec M. Buffet entraient au pouvoir des hommes comme M. Dufaure, M. Léon Say, qui étaient dans l’opposition depuis le 24 mai, dont le concours était évidemment le gage d’une situation nouvelle : il n’y avait qu’à étendre les alliances du gouvernement dans cette direction en s’efforçant d’atténuer de vieux dissentimens, de rapprocher de plus en plus toutes les fractions modérées de l’assemblée. Personne ne demandait à M. le vice-président du conseil des choses extraordinaires, personne n’attendait de lui des concessions d’un libéralisme démesuré. Tout ce qu’on lui demandait, c’était un gouvernement sensé, conciliant, actif, sachant mettre les intérêts nationaux au-dessus des conflits vulgaires des partis. On pourrait dire qu’il n’avait qu’à ne point se créer de difficultés factices pour avoir aisément raison des difficultés réelles qu’il devait inévitablement rencontrer.

Oui, c’était ainsi ; malheureusement, depuis qu’il est au pouvoir, M. le vice-président du conseil s’est fait un tout autre rôle. À peine élevé au poste de premier ministre, il a paru uniquement préoccupé de réagir contre le mouvement qui l’avait porté aux affaires, de repousser, avec une hauteur mêlée d’effroi, l’alliance des plus modérés parmi ceux qui avaient contribué au succès de la journée du 25 février. Gardien d’une constitution, il s’est appliqué à en voiler le caractère, à en dissimuler même le nom, en s’appuyant sur une majorité composée d’ennemis plus ou moins déclarés de cette constitution. Encore s’il avait eu l’ambition généreuse et peut-être utile de discipliner cette majorité, de lui imprimer une direction en lui faisant accepter les concessions imposées par